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Médecins algériens en France : Paris promet de “simplifier” la titularisation

  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Près de 6 900 praticiens diplômés en Algérie exercent dans les hôpitaux français au statut précaire de Padhue. Le ministère de la Santé annonce une réforme du concours d'équivalence, dans la foulée de la sortie présidentielle de lundi.


Ils sont la première communauté médicale étrangère de l'hôpital public français, et la plus exposée à la précarité administrative. Au 1ᵉʳ janvier 2025, 6 891 médecins diplômés en Algérie étaient inscrits à l'ordre, sur un total de 19 154 praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) régularisés et autorisés à exercer, soit près de quatre sur dix. En quinze ans, le nombre total de Padhue a plus que doublé, passant de 7 963 en 2010 à 19 154 en 2025. À ces effectifs régularisés s'ajoutent des milliers de praticiens encore bloqués dans le statut intermédiaire que le gouvernement français promet désormais de réformer.


Mercredi 29 avril, le cabinet de la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé l'ouverture prochaine d'une concertation visant à “simplifier” la procédure de titularisation des Padhue, “dès qu'un vecteur législatif” le permettra, rapporte l’AFP. L'annonce intervient quarante-huit heures après la sortie d'Emmanuel Macron à l'hôpital de Lavelanet, en Ariège. Devant une dizaine de médecins étrangers, dans une structure fonctionnant avec “environ 80 % de médecins étrangers”, le chef de l'État s'est emporté contre un système qu'il a qualifié de « bordel », avant de viser les partisans d'une ligne dure avec Alger, ces “mabouls” qui voudraient, selon lui, “se fâcher avec l'Algérie”.


Un concours qui en recale deux sur trois


Pour exercer dans les mêmes conditions que leurs confrères européens, les Padhue doivent franchir un parcours en trois étapes : épreuves de vérification des connaissances (EVC), parcours de consolidation des compétences (PCC) de deux ans, puis avis d'une commission spéciale. En 2023, 2 700 candidats sur 4 000 ont échoué aux EVC, soit un taux d'échec de 67,5 %. Après deux tentatives, ils ne peuvent plus exercer, même si les hôpitaux ont besoin d'eux.


Le ministère veut “mettre fin à cette logique de concours”, qui ouvre des postes selon les besoins territoriaux et les attribue au rang de classement. Un mécanisme aux effets pervers connus : un Padhue exerçant depuis des années dans le sud de la France pouvait se voir affecté dans le nord du pays, “cassant la dynamique” de son insertion, reconnaît le cabinet de Stéphanie Rist. Paris souhaite désormais aller “vers une logique d'examen”, adossée à l'établissement où le praticien travaille déjà, et donner “plus de poids aux chefs de service” dans la validation finale.


Des spécialités tenues à bout de bras


Selon les chiffres rendus publics, 33,6 % des gériatres en France sont d'anciens Padhue. Ils représentent aussi 19,3 % des onco-hématologues, 18,1 % des chirurgiens viscéraux, 14 % des neurochirurgiens et 13 % des oncologues médicaux. Dans les zones rurales, leur poids est encore plus déterminant, puisqu’en 2025, 42 % des médecins étrangers primo-inscrits choisissent la campagne, là où les praticiens français ne vont plus. Dans des départements comme le Val-d'Oise (30,6 %), l'Aisne (29,6 %), l'Eure-et-Loir (29,1 %) ou l'Orne (27,3 %), près d'un médecin sur trois est étranger.


La précarité, elle, demeure la règle. Beaucoup de ces praticiens travaillent sous statut temporaire, parfois payés entre 1 400 et 2 000 euros, deux à trois fois moins que leurs homologues français débutants. Au Grand Hôpital de l'Est Francilien, 50 médecins Padhue ont dû rembourser 2,7 millions d'euros de primes jugées “non réglementaires” en 2025. Certains se sont retrouvés avec 1 100 euros par mois pour 70 heures hebdomadaires.


Côté français, l'entourage présidentiel rappelle que la sortie de Lavelanet a eu lieu lors d' “un échange oral et informel”, et qu'il s'agissait pour le chef de l'État de défendre la coopération avec Alger dans un contexte bilatéral lourd. Côté algérien, le constat est plus amer : la France attire chaque année davantage de médecins formés à Alger, Oran et Constantine, au prix d'une saignée des effectifs locaux. Près de 7 000 médecins algériens exerçaient en France au début de 2025, un chiffre en constante augmentation qui accentue la pénurie de personnels de santé en Algérie. Formés localement, ces praticiens représentent près de 40 % des médecins étrangers dans les hôpitaux publics français.


Sophie K.

 
 
 

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