Rejets de candidatures : des partis dénoncent une « épuration politique » à l'approche des élections locales

L'opération d'examen et de validation des candidatures menée par l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) pour les élections locales du 28 novembre suscite une vive contestation au sein de la classe politique. Plusieurs partis ainsi que des représentants de listes indépendantes dénoncent des mesures qu'ils jugent arbitraires et restrictives, tandis que le Front des forces socialistes (FFS) évoque une véritable « opération de purge » ciblant ses candidats.
Dans un communiqué publié le 19 octobre, le FFS affirme que des candidats ont été écartés de la majorité de ses listes électorales. Selon le parti fondé par Hocine Aït Ahmed, les exclusions auraient particulièrement visé les têtes de liste, les cadres et les candidats disposant d'un « ancrage populaire » et d'une « réelle capacité de mobilisation ». Le parti dénonce des rejets qu'il qualifie d'« arbitraires et anticonstitutionnels » et estime qu'ils traduisent une volonté manifeste d'influencer les résultats du scrutin et d'orienter le choix des électeurs.
Le FFS met en cause l'application qu'il juge « discrétionnaire, excessive et politiquement orientée » des articles 01 et 184 de la loi électorale, dont il avait contesté les dispositions avant même leur adoption. Selon lui, ces textes servent désormais de fondement à une « logique d'exclusion politique » présentée sous des appellations telles que « purification de la scène politique » ou « moralisation de la vie publique ».
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) s'est également élevé contre ce qu'il considère comme des atteintes aux droits des candidats. Le parti dénonce des « enquêtes administratives orientées », menées selon lui en violation de la loi, des atteintes à la présomption d'innocence ainsi que des notifications adressées hors des délais légaux. Pour le RCD, « l'administration ne peut se substituer à la justice ni devenir un instrument de sélection politique des candidats ».
D'autres formations politiques, y compris certaines traditionnellement proches du pouvoir, font également état de nombreux rejets de candidatures. Des partis comme Sawt Chaab, le Front El Moustakbal, mais aussi le FLN et le RND, auraient été confrontés à des invalidations de listes ou de candidats. Selon plusieurs responsables politiques, l'ANIE justifie fréquemment ces décisions par des considérations liées à la « mauvaise réputation », à des soupçons d'« accointance avec l'argent sale » ou encore à l'objectif d'« épuration de la vie politique », des notions que les contestataires jugent floues et insuffisamment définies.
Cette situation oblige les partis et les listes indépendantes à engager une course contre la montre pour remplacer les candidats rejetés ou introduire des recours devant les tribunaux administratifs. L'exercice est rendu particulièrement difficile dans certaines régions où les candidatures sont rares et où la loi impose notamment que la moitié des candidats soient âgés de moins de 40 ans.
Dans son communiqué, le FFS établit un lien entre ces rejets et la crise de confiance qui affecte le processus électoral. Le parti rappelle que les dernières législatives du 2 juillet ont enregistré, selon les chiffres officiels, une participation de 21,24 %, un niveau historiquement faible. Il reproche aux autorités de ne tirer aucune leçon de cette abstention et estime qu'au lieu de rapprocher les citoyens des institutions, les pratiques actuelles risquent d'accentuer leur désaffection.
« De telles pratiques risquent d'aggraver la crise de confiance, d'encourager l'abstention et d'entacher la crédibilité du scrutin avant même sa tenue », avertit le parti, qui affirme être « en droit de penser que la planification et l'organisation du vide politique au sein de la société est une réalité ». Selon lui, l'objectif poursuivi serait l'affaiblissement des partis politiques et la neutralisation des corps intermédiaires.
Le FFS souligne cependant que son communiqué ne précise ni le nombre exact de candidats ou de listes concernés, ni les wilayas touchées, pas plus qu'il ne détaille les motifs précis retenus dans chaque cas de rejet. Les accusations du parti visent globalement « le pouvoir » et s'adressent aux « hautes autorités du pays ».
Le parti réclame l'arrêt immédiat de ce qu'il qualifie de « filtrage autoritaire », le réexamen de l'ensemble des décisions contestées et la « réhabilitation pleine et entière » des candidats écartés. Il appelle également les autres formations politiques à « prendre leurs responsabilités pour faire barrage à cette dérive ».
Les partis politiques disposent désormais d'un délai limité pour remplacer les candidats invalidés ou déposer des recours. À quarante jours du scrutin local, cette controverse relance les interrogations sur les conditions d'organisation des élections et sur leur capacité à restaurer la confiance d'un électorat déjà marqué par une abstention croissante.
Essaïd Wakli et Khaled Rouabah



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