Reprise des expulsions d’Algériens sous OQTF : un tournant après un an de blocage diplomatique
- il y a 19 minutes
- 2 min de lecture

Les expulsions d’Algériens visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ont repris après plus d’un an d’interruption, selon les informations recueillies par l’association Cimade dans plusieurs centres de rétention administrative. Cette reprise marque un tournant dans un dossier longtemps paralysé par les tensions diplomatiques entre Paris et Alger.
D’après l’association, deux ressortissants algériens ont été expulsés ces derniers jours depuis le centre de rétention de Rennes. Le premier, arrivé en France en 2024, avait été placé en rétention à la suite d’un contrôle administratif. Le second, installé dans l’Hexagone depuis quatre décennies, était marié à une Française et père de trois enfants majeurs. Son éloignement a suscité une vive émotion parmi les associations de défense des droits des étrangers, qui dénoncent une décision « incompréhensible » au regard de son ancrage familial et social.
À Toulouse, un autre Algérien placé en rétention a reçu un laissez‑passer consulaire délivré par les autorités algériennes, document indispensable pour procéder à une expulsion. Selon la Cimade, ce geste confirme que la coopération migratoire entre les deux pays, quasiment gelée depuis 2024, est en train de se réactiver. Le ministère de l’Intérieur n’a pas confirmé officiellement ces informations, mais plusieurs sources administratives évoquent un « déblocage progressif » des dossiers.
Cette évolution intervient après une période de fortes tensions diplomatiques. L’Algérie avait réduit sa collaboration en matière de réadmission à la suite de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, décision perçue comme un affront à Alger. Pendant plus d’un an, les laissez‑passer consulaires avaient été délivrés au compte‑gouttes, rendant les expulsions quasiment impossibles. Les autorités françaises affirment désormais que le dialogue bilatéral a repris sur des bases « exigeantes mais constructives ».
Pour les personnes concernées, la situation reste complexe. Les ressortissants algériens relèvent d’un cadre juridique particulier, régi par l’accord franco‑algérien de 1968, qui leur confère des droits spécifiques en matière de séjour. De nombreuses OQTF prononcées ces derniers mois ont d’ailleurs été annulées par les tribunaux pour mauvaise application de cet accord. Les associations redoutent que la reprise des expulsions ne s’accompagne d’un durcissement administratif, au détriment du respect des garanties juridiques.
La Cimade appelle les autorités à davantage de transparence et à un examen individualisé des situations, rappelant que la rétention et l’expulsion doivent rester des mesures exceptionnelles. De son côté, le gouvernement assure vouloir conjuguer fermeté et respect du droit, tout en poursuivant ses discussions avec Alger pour fluidifier les procédures. La reprise des éloignements pourrait ainsi marquer une nouvelle phase dans la relation migratoire entre les deux pays, encore fragile mais en voie de normalisation.
Nadia B