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Sept ans de pouvoir sans contrepoids : comment Tebboune marginalise les institutions

il y a 5 heures
2 min de lecture

Pour la septième année consécutive, le pouvoir de Abdelmadjid Tebboune refuse de respecter des dispositions de la Constitution. Que ce soit dans la séparation des pouvoirs ou dans l’application des lois, le chef de l’Etat et ses proches ne s’encombrent pas de contradiction en s’accaparant tous les pouvoirs.


La première institution que le pouvoir de Abdelmadjid Tebboune méprise est le parlement. De tous les gouvernements nommés depuis 2020, aucun ne s’est plié à une obligation constitutionnelle qui force pourtant le premier ministre à présenter le plan d’action de son gouvernement devant l’Assemblée populaire nationale (APN) et à présenter le bilan de ses activités chaque année, généralement vers la fin de la session du parlement, donc au début de l’été. Les deux mandats du chef de l’Etat ont vu défiler quatre premiers ministres, de Abdelaziz Djerad à Aymen Benabderrahmane, Enadhir Larbaoui puis Sifi Ghrieb. En plus d’être de simples collaborateurs du chef de l’Etat, tous ont évité de se confronter à l’Assemblée populaire nationale, pourtant acquise à l’Exécutif.


Alors qu’il a toujours affiché une volonté de présider différemment que son prédécesseur, Abdelmadjid Tebboune fait exactement le contraire. Il s’accapare désormais toutes les prérogatives ; celles des ministres, du gouvernement, du parlement… Faisant du premier ministre un simple collaborateur, il préside lui-même des réunions techniques comme celle liée à la gestion de crises, de la distribution de tracteurs agricoles, de la création de guichet unique pour les investissements… un travail d’intendance que peut faire un ministre ou un directeur central dans un ministère.


La mainmise de la présidence de la République sur le reste des institutions s’étend à d’autres secteurs. Depuis quelques années, le chargé de la Communication à la présidence de la République, Kamel Sidi-Saïd, au rang de simple conseiller du chef de l’Etat, s’empare des prérogatives du ministre de la Communication. C’est désormais à partir du palais d’El-Mouradia que sont émises les instructions aux médias privés, que sont gérés directement les médias d’Etat. Le ministre, lui, se contente de gérer les affaires courantes de son département, de signer les fiches de paie des fonctionnaires de son ministère et, le cas échéant, accompagner le conseiller du président dans des missions d’inspection.


Résultat de ce hold-up sur les institutions de l’Etat : le pays fonctionne au ralenti et les responsables à différents niveaux évitent de prendre des initiatives de peur d’être renvoyé sans possibilité de recours. La paralysie est le marqueur de beaucoup d’instances publiques et la majorité des ministres et directeurs centraux sont désormais sur leurs gardes et se contentent d’un minimum de décision, toutes les grandes orientations étant entre les mains de la présidence de la République.


Chez beaucoup d’observateurs, la question n’est plus de savoir si cette méthode va changer puisqu’elle a tendance à s’accélérer, mais quand le pays sortira de cette ornière. Or, faute d’orientation claire, le pouvoir préfère la répression. Mais cette méthode a déjà montré ses limites et surtout ses méfaits, puisque mettre la pression sur le peuple finit toujours par produire l’explosion dont la provenance ne peut être jamais connue à l’avance.



Essaïd Wakli

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