Souamaâ : une zone industrielle promise depuis quinze ans, mais toujours bloquée par l’absence de volonté politique
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La zone d’activité de Souamaâ, inscrite officiellement en réalisation en 2013, demeure l’un des projets les plus emblématiques du blocage administratif et de l’opacité foncière en Algérie. Treize ans après son lancement, et malgré les annonces récurrentes des autorités, le chantier reste à l’arrêt. La récente déclaration du ministre de l’Industrie affirmant que « l’étude relative à la zone industrielle de Souamaâ sera réalisée cette année » n’a fait que raviver un sentiment de déjà‑vu chez les habitants de la région, tant ce discours est répété depuis plus d’une décennie.
Le cœur du litige ne réside pas dans une opposition au projet. Les habitants du village d’Ath Zellal, qui exploitent ces terres depuis 1893, l’ont rappelé à plusieurs reprises : ils ne s’opposent pas à la création de la zone d’activité, inscrite au bénéfice de la commune de Souamaâ depuis 1913. Leur revendication porte exclusivement sur la reconnaissance de leurs droits fonciers et sur l’indemnisation due en cas d’expropriation. Lors de la dernière session de l’Assemblée populaire de wilaya, les représentants du village et les responsables administratifs ont confirmé que le blocage provient des procédures de « cadastration » menées par les services concernés, qui ont classé les terrains comme relevant du domaine public. Les habitants contestent cette classification, affirmant être propriétaires de fait après plus d’un siècle d’exploitation continue.
Cette situation, qui perdure depuis 2013, illustre un problème structurel : l’absence de mécanismes transparents et équitables pour la gestion du foncier rural et pour l’indemnisation des populations concernées par les projets publics. Les villageois réfutent ainsi la thèse selon laquelle ils seraient responsables du retard du projet. Ils rappellent que leur seule exigence est le respect de leurs droits, conformément aux lois algériennes et aux engagements internationaux du pays en matière de protection de la propriété privée.
Face à ce blocage, la direction de l’Industrie affirme vouloir utiliser l’enveloppe financière disponible — 90 millions de dinars — pour finaliser les études techniques, pourtant lancées depuis treize ans. La réunion de l’APW a permis de clarifier les responsabilités et de mettre en lumière les défaillances administratives qui freinent le développement du versant est de la wilaya de Tizi Ouzou. La zone d’activité, qui s’étend sur 327 hectares et doit accueillir une centaine de lots destinés aux investisseurs, est censée générer près de 20 000 emplois directs et indirects. Son blocage prive la région d’un levier économique majeur.
L’actualité récente confirme que le dossier reste officiellement actif : la loi de finances 2026 mentionne encore la zone de Souamaâ, preuve que le projet n’a jamais été abandonné sur le papier. Pourtant, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Cette contradiction entre les annonces officielles et la réalité du terrain alimente un sentiment d’inégalité territoriale, particulièrement dans une wilaya qui compte pourtant 18 projets de zones d’activité totalisant 353 hectares et 1 245 lots. Plusieurs d’entre eux connaissent également des retards importants, comme la zone de Makouda, malgré des rallonges budgétaires successives, ou celle de Tizi Ghennif, toujours en chantier.
Le cas de Souamaâ met en lumière des enjeux essentiels en matière de droits humains : le droit à une indemnisation juste et transparente, le droit à l’égalité territoriale dans l’accès au développement, et le droit à l’information face à des annonces répétées qui ne s’accompagnent d’aucune mise en œuvre. Pour les habitants d’Ath Zellal, l’incertitude perdure depuis treize ans. Pour la région, le manque à gagner économique est considérable. Pour les institutions, ce dossier constitue un test de crédibilité.
Tant que la question foncière ne sera pas réglée et que les droits des populations concernées ne seront pas respectés, les déclarations officielles risquent de se répéter sans effet, laissant la zone d’activité de Souamaâ dans un état de suspension qui illustre les limites de la gouvernance locale et nationale en matière de développement et de justice foncière.
Yacine M



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