Sur la route de Rafah, les femmes algériennes portent la résistance
- cfda47
- 13 juin 2025
- 3 min de lecture

Le soleil de midi frappe fort sur l'asphalte brûlant du deuxième point de contrôle vers El Ismailia, en sortie du Caire. Sous cette chaleur écrasante, des centaines de voix s'élèvent en choeur : “Free Palestine!”, “From the river to the sea, Palestine will be free!”, “Lift the siege on Gaza now!”. Les manifestants, venus de 54 pays différents, brandissent des pancartes et des drapeaux palestiniens qui claquent dans le vent du désert égyptien.
Parmi cette foule de plus de 3000 personnes, un groupe se distingue par sa détermination tranquille. Les militantes algériennes de la délégation féministe avancent d'un pas ferme, leurs banderoles rouge et vert déployées sous le soleil implacable. Leurs visages reflètent une résolution qui puise ses racines dans l'histoire de leur propre lutte anticoloniale.
Dans leur communiqué publié à l'occasion de cette marche, elles affirment : “Nous, délégation du mouvement féministe algérien, issu d'une tradition de résistance et de révolution nationale contre la colonisation, affirmons que notre combat pour les droits des femmes est indissociable de celui contre l'oppression des peuples, le colonialisme et l'impérialisme.”
Cette marche vers Gaza, baptisée “Sumud” - le mot arabe qui signifie résistance - s'organise comme un convoi terrestre, aérien et maritime traversant l'Algérie, la Tunisie, la Libye et l'Égypte. Elle intervient après l'interception dramatique de la Coalition de la Flottille de la liberté, “kidnappée dans les eaux internationales, près de Gaza, le 09 juin 2025 par l'armée de l'entité sioniste”.
Une mobilisation face à l'urgence humanitaire
Les organisateurs réclament avec force “l'ouverture immédiate et permanente du point de passage de Rafah”. Leur objectif : permettre enfin l'acheminement de l'aide humanitaire vers Gaza, territoire “sous blocus total depuis des mois”.
Sur le terrain, l'émotion est palpable. Dans une vidéo envoyée à notre rédaction, on voit une jeune militante algérienne, le visage marqué par l'émotion, crier en arabe: “La normalisation est une trahison, et la Palestine est une responsabilité !”. Sa voix se brise sous l'émotion, tandis que leur communiqué dénonce “les bombardements constants, la famine forcée, et la destruction du système de santé - autant de crimes perpétrés par l'occupation sioniste avec la complicité active ou silencieuse des grandes puissances”.
Les chiffres mentionnés dans leur texte résonnent dans l'air brûlant : “des dizaines de milliers de morts et de blessés”. Le communiqué poursuit : “Ces armes ne font aucune exception : les civils, des milliers de femmes et d'enfants subissent un génocide colonial, sous nos yeux.”
Les slogans se succèdent sans interruption : “We want justice, you say how? Break the siege on Gaza now!”. Certains manifestants reprennent inlassablement le mot “Palestine”, transformé en cri de ralliement qui traverse la foule comme une vague sonore.
Les féministes algériennes ne se font aucune illusion sur la portée de leur action. Dans leur communiqué, elles reconnaissent avec lucidité : “Nous ne prétendons pas que cette marche soit la solution miracle.” Mais leur présence à Rafah vise “à faire pression sur les gouvernements” et à “amplifier la voix du peuple palestinien et de sa résistance”.
Sous le soleil implacable d'Égypte, ces femmes portent un message d'espoir qu'elles ont couché sur papier : “Nous marcherons pour dire un mot d'espoir : les algériennes et les algériens le savent, notre Histoire en est le témoignage vivant : Nul ne peut entraver la marche des peuples vers leur libération. La Palestine sera libre.”
Alors que la chaleur devient suffocante et que les voix s'enrouent, la conviction reste intacte. Ces militantes venues d'Alger savent qu'elles portent plus qu'un message de solidarité : elles incarnent la continuité d'une lutte qui a traversé les générations, du Maghreb au Machrek, de la décolonisation d'hier aux résistances d'aujourd'hui.
Sophie K.



Commentaires