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Violence en milieu scolaire : des enfants livrés à la brutalité de leurs enseignants

  • il y a 3 minutes
  • 2 min de lecture

La scène se déroule dans une école primaire de Tiaret : trois enseignantes se faufilent entre les lignées d’élèves, réunis dans la cour. A l’arrière d’une des trois rangées, trois enseignantes semblent s’intéresser à un élève en particulier. L’enfant n’a pas encore 10 ans. Les trois femmes l’engueulent, le doigt menaçant avant que l’une d’elles ne sorte un bâton et le conduit, devant ses camarades, dans une salle. La suite n’est pas filmée. Mais tous ceux qui ont regardé la vidéo, devenue virale sur les réseaux sociaux, ont compris la douleur et la terreur qui doit habiter l’enfant. Il a dû subir le châtiment corporel, si habituel dans les écoles algériennes.


A quelques jours d’intervalles, des enseignantes d’un collège de Barika (Batna) ont signalé le comportement d’un de leurs collèges, un enseignant de Français, qui se permet de tabasser des enfants sans raison valable. Il suffit parfois d’un regard d’un des élèves pour que la bête qui sommeille en lui se réveille et s’acharne sur son petit corps.


Sur les réseaux sociaux, des internautes réagissent. Beaucoup dénoncent les violences exercées sur des enfants sans défense. « De tels actes portent atteinte à l’intégrité physique et psychologique de l’enfant et sont punissables par la loi algérienne », écrit Izza Lounis, médecin. « Nous rappelons aux enseignants et professeurs qu’il est inadmissible de reporter ses problèmes personnels sur ses élèves. Il est impératif de maîtriser sa colère face à ces jeunes esprits, qui ont besoin de bienveillance et de respect pour un enseignement efficace. Nos enfants sont la responsabilité de chaque enseignant », note un autre anonyme.


Pourtant, la protection de l’enfant en milieu scolaire est encadrée par la loi 15-12 du 15 juillet 2015, garantissant leur sécurité physique et mentale contre toute forme de violence ou négligence. Le châtiment corporel est strictement interdit. « Des témoignages sur les pratiques punitives à l’école, par questionnaires et entretiens structurés, ont montré l’écart sans cesse grandissant entre les instructions officielles trop génériques et des pratiques individuelles particulières », écrivent deux chercheurs, Rosa Mahdjoub et Mohamed Miliani, dans une étude publiée par la revue Internationale de l’Éducation. Ils expliquent que l’école algérienne est gérée « comme un espace répressif entretenant des rapports inégaux basés sur la force exercée par les détenteurs de pouvoir et de savoir ». Plus que cela, Il y « un fort retour vers la tradition, dans laquelle le statut de « maître » (chikh, le sage et savant) permet à celui-ci d’avoir un pouvoir légué par l’institution en compensation d’une sous-formation et d’un savoir incomplet », ajoutent encore les deux chercheurs. C’est d’ailleurs ce qui explique l’acceptation plus ou moins simple du phénomène par la société. Le nombre de personnes qui s’expriment sur les réseaux sociaux pour justifier des actes de violences dans l’école atteste cette idée que le fait est bien admis dans la société.


Mais cela ne doit pas devenir la règle : la violence et l’humiliation provoquent des dégâts sur la personnalité des enfants et parfois de leurs parents. D’où la nécessité de mettre fin à la pratique.



Essaïd Wakli





 
 
 

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