69 wilayas : l’État qui s’étend, la bureaucratie qui s’éternise
- cfda47
- 18 nov. 2025
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L’Algérie vient de porter à soixante-neuf le nombre de ses wilayas, une décision qui, au-delà de son apparence technique, révèle une orientation politique et administrative lourde de conséquences.
Présentée par les autorités comme une mesure de proximité et de développement territorial, cette extension du maillage administratif suscite pourtant de nombreuses interrogations. Car loin d’alléger la bureaucratie, elle semble la prolonger, au moment même où la numérisation de l’État offrait une alternative plus efficace et plus transparente.
Chaque nouvelle wilaya implique la création d’une préfecture, de directions sectorielles, de budgets spécifiques et de postes de fonctionnaires. Autant de structures qui viennent s’ajouter à un appareil déjà réputé pour sa lourdeur et ses lenteurs. Les citoyens, censés bénéficier d’une administration plus proche, risquent de se retrouver face à des circuits encore plus complexes, où la multiplication des guichets physiques perpétue les délais et les pratiques opaques. Dans un pays où l’accès aux services publics reste marqué par la centralisation et la dépendance aux réseaux de clientélisme, cette réforme apparaît davantage comme une reproduction des mécanismes existants que comme une véritable modernisation.
Le contraste est d’autant plus frappant que l’Algérie avait amorcé, ces dernières années, un discours sur la transition numérique. La mise en place de plateformes électroniques, la dématérialisation des procédures et l’e-gouvernance étaient présentées comme des leviers pour réduire la corruption et fluidifier la relation entre l’État et les citoyens. Or, en choisissant d’investir dans de nouvelles strates territoriales plutôt que dans l’efficacité numérique, le pouvoir semble privilégier une logique de contrôle physique et hiérarchique, au détriment d’une réforme structurelle. La proximité invoquée se traduit par une présence administrative accrue, mais non par une simplification des démarches.
Cette décision porte également une dimension symbolique. La création de wilayas supplémentaires peut être lue comme une stratégie de distribution de postes et de ressources, renforçant l’emprise de l’État sur des zones sensibles, notamment dans le Sud.
En définitive, l’extension du nombre de wilayas en Algérie apparaît moins comme une réforme administrative tournée vers l’efficacité que comme une reconduction des logiques anciennes de centralisation et de contrôle.
Derrière le discours de proximité, c’est une bureaucratie renforcée qui se profile, avec ses coûts, ses lenteurs et ses circuits opaques. Au moment où la numérisation de l’État aurait pu incarner une véritable modernisation, transparente et accessible, le choix de multiplier les structures territoriales traduit une préférence pour la continuité plutôt que pour la rupture. Cette décision illustre une contradiction profonde : l’Algérie se dote d’une carte plus dense, mais laisse en suspens la question essentielle de la simplification et de la confiance citoyenne.
Nadia B