Affaire LNI : "un procès sous influence politique", dénoncent journalistes et militants
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Lors d’une journée d’échanges organisée par l’ONG Riposte Internationale, plusieurs journalistes, militants et acteurs de la société civile ont dressé un constat sévère sur le procès dit de Larbaa Nath Irathen (LNI), marqué par des condamnations à mort et une procédure largement dénoncée comme opaque, incohérente et instrumentalisée. Pour eux, cette affaire dépasse le cadre judiciaire et s’inscrit dans une stratégie politique assumée.
L’affaire LNI remonte au lynchage de Djamel Bensmail en août 2021, sur fond d’incendies meurtriers en Kabylie. Plus de 90 personnes ont été arrêtées, et plusieurs condamnées à mort en novembre 2022, alors même que les preuves publiques restent inexistantes et que les irrégularités de procédure se multiplient. Pour les familles, les avocats et les ONG, ce procès est devenu un symbole de la dérive sécuritaire et de l’usage politique de la justice en Algérie.
Le journaliste et militant des droits humains Youcef Rezzoug a ouvert le débat en soulignant l’opacité totale qui entoure le dossier. « On ne sait pas si c’était un complot ou une conspiration », a‑t‑il déclaré, pointant l’absence de cohérence dans les charges, les contradictions du dossier et l’impossibilité d’accéder à des éléments probants. Pour lui, ce flou n’est pas un accident : il constitue un outil permettant de maintenir un récit officiel sans fondement solide.
Azwaw Chemrouk, également militant des droits humains, a insisté sur la dimension construite du procès. « Dans le procès de LNI, il y a une instrumentalisation politique et idéologique de la chose », a‑t‑il affirmé. Selon lui, les autorités utilisent l’affaire pour renforcer un discours sécuritaire, stigmatiser une région perçue comme dissidente et légitimer des mesures répressives. Le procès devient ainsi un instrument de contrôle, plus qu’un espace de vérité judiciaire.
Pour sa part, le militant du Hirak, Belaid Djamer, a replacé l’affaire dans une perspective historique plus large. « L’affaire de LNI nous renvoie à l’affaire du condamné Mohamed Baba Nedjar de Ghardaïa », a‑t‑il rappelé, évoquant un précédent marqué par des accusations graves, des procédures contestées et une forte dimension politique. Pour lui, LNI reproduit les mêmes schémas : désignation de coupables, charges floues, instrumentalisation identitaire et usage de la justice pour discipliner des territoires perçus comme turbulents.
Le journaliste et militant Mohand Bakir a, lui aussi, dénoncé la construction narrative autour de l’affaire. « L’affaire de LNI illustre une fois de plus comment le pouvoir construit un récit pour justifier l’injustice. On ne cherche pas la vérité, on cherche à fabriquer des coupables », a‑t‑il déclaré. Pour Bakir, le procès s’inscrit dans une stratégie plus large visant à neutraliser toute contestation et à imposer un récit officiel criminalisant les mobilisations citoyennes.
De ces interventions se dégage un consensus clair : l’affaire LNI n’est pas un simple procès, mais un dispositif politique complet. Une procédure opaque, une instrumentalisation idéologique, une continuité historique de répression ciblée et une fabrication narrative destinée à légitimer des peines extrêmes. Pour les intervenants, cette affaire constitue un test majeur pour l’État de droit en Algérie et un rappel de la nécessité urgente de transparence, de justice et de garanties fondamentales pour les accusés.
Yacine M



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