Algérie : de nouvelles lois pour élargir le champ de la répression
- cfda47
- 20 déc. 2025
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Dans quelques jours, les autorités algériennes vont faire adopter, par le parlement, deux lois historiques. L’une a trait à la déchéance de nationalité et l’autre a pour objet de criminaliser l’apologie du colonialisme. Les deux projets de loi, qui semblent faire l’unanimité parmi les parlementaires, ont des vertus en apparence : ils vont « pourchasser » les traîtres et débusquer les ennemis de la nation.
Mais derrière leur énoncé, les deux projets de loi cachent d’autres intentions. Car, au-delà des buts assignés à ces deux textes, se cache le diable de la vengeance. Incapables de « récupérer » certains opposants, le pouvoir algérien cherche en effet à les punir à tout prix. A défaut de pouvoir les « juger » et les mettre en prison comme il aime le faire pour de nombreux opposants de l’intérieur, le pouvoir a donc trouvé une autre parade ; celle de les déchoir de leur nationalité, pensant dissuader ainsi d’autres opposants.
Par la loi portant criminalisation de l’apologie du colonialisme, le pouvoir a d’autres desseins : élargir le champ d’action de la répression « légale ». Il suffirait qu’un historien, un chercheur en histoire ou toute personne passionnée de cette discipline, fasse une lecture qui sort des sentiers battus officiels pour qu’il soit accusé d’avoir fait l’apologie du colonialisme.
Cela peut donner l’impression de faire un procès d’intention. Pourtant, des exemples récents ont prouvé aux Algériens que le pouvoir use et abuse de lois liberticides, dont les intentions pouvaient être bonnes au départ, pour rétrécir les libertés publiques. C’est le cas du fameux article 87-bis du Code pénal. L’article, inscrit en principe pour qualifier les actes terroristes et définir ce qui est « appartenance à un groupe terroriste » ou même expliquer les cas d’apologie de terrorisme, est aujourd’hui employé contre des militants politiques qui se retrouvent accusés de terrorisme juste parce qu’ils ont publié des posts hostiles au pouvoir.
Pis, la loi prévoit même la possibilité de qualifier de terroriste des partis politiques qui oseraient « vouloir changer le régime par des moyens non constitutionnels ». C’est une forme claire de détournement de la loi à des fins politiques.
Le détournement de la loi en faveur de la répression est également utilisé contre des journalistes. Pour éviter d’utiliser le code de l’information, qui ne prévoit pas de peines privatives des libertés, le pouvoir algérien a recours au code pénal contre des journalistes. Cela s’est produit à plusieurs reprises. A commencer par l’affaire de Rabah Karèche, le correspondant du journal Liberté (fermé) à Tamanrasset, condamné en 2021 à 6 mois de prison ferme, en passant par le journaliste d’Echorouk, Belkacem Djir, condamné à trois mois de prison fermes, pour des articles de presse, au mépris de la Constitution.
Cela s’ajoute aux nombreux journalistes emprisonnés sous d’autres prétextes pour contourner la loi fondamentale et le code de l’information. C’est également dans cet esprit qu’a été promulguée, en 2021, une loi portant sur des publications sur les réseaux sociaux. Dans sa forme, le texte visait à lutter contre la cybercriminalité et les fake news. Mais dans les faits, le pouvoir voulait à travers cette loi éviter toute critique sur les réseaux sociaux. C’est la judiciarisation de la vie publique qui était en marche. Et elle se poursuit à un rythme soutenu.
Essaïd Wakli



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