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Algérie : Impuissants, des journalistes assistent à l’inhumation de leur liberté !

  • il y a 13 heures
  • 2 min de lecture

« Ils sont venus, ils sont tous là », chantait Charles Aznavour. Le refrain de La Mamma, soixante‑trois ans plus tard, colle étrangement à la scène observée ce 4 mai au Centre international des conférences d’Alger : Abdelmadjid Tebboune a organisé une cérémonie – une véritable zerda – pour célébrer la Journée internationale de la liberté de la presse, rebaptisée pour l’occasion « fête internationale des journalistes ».


Le rituel n’a rien de nouveau : Tebboune perpétue la tradition inaugurée par Abdelaziz Bouteflika. Ce qui a changé, en revanche, ce sont les conditions d’exercice du métier. Si le journalisme a toujours été un travail sous pression, jamais la répression n’avait atteint un tel niveau. Sous Tebboune, plus aucun article critique n’est toléré, plus aucune enquête n’est publiée. Les médias, publics comme privés, se contentent de relayer la propagande officielle. Et lorsqu’un micro est tendu à un acteur politique, c’est uniquement à ceux que le pouvoir juge « fréquentables ».


La domination s’exerce d’autant plus facilement que la presse n’a plus les moyens de résister, de questionner, de refuser. Ce déséquilibre crée un climat où la parole officielle peut se permettre tout, y compris la mise en scène de l’humiliation comme démonstration d’autorité. Ce n’est pas un signe de force, mais le symptôme d’un système qui redoute la liberté d’informer et préfère la soumission à la contradiction.


Hier, le pouvoir harcelait les rédactions par l’économie ou par des poursuites sans lendemain. Aujourd’hui, il emprisonne ouvertement des journalistes pour leur travail, en s’appuyant notamment sur la loi réprimant les publications sur les réseaux sociaux. La loi sur l’Information et les garanties constitutionnelles ? Jetées aux oubliettes.!


Et pourtant. Malgré ce tableau, des dizaines de journalistes – y compris des voix critiques et d’anciens détenus – ont fait la queue pour saluer, avec un enthousiasme presque irréel, celui qui incarne cette répression. Un véritable syndrome de Stockholm.


Certains y vont par contrainte professionnelle, d’autres par nécessité sociale : la précarité pousse parfois à courber l’échine. Mais faire la queue pour serrer la main de celui qui, quelques jours plus tôt, distribuait les bons et les mauvais points, relève de l’incompréhensible. Car la liberté ne se quémande pas : elle s’arrache. Et lorsque ceux qui devraient la défendre montrent des signes de soumission, le pouvoir ne peut que renforcer sa répression. Pourquoi s’arrêterait‑il, lorsque les premiers concernés viennent chaque 3 mai l’encourager dans son œuvre ?


Lorsque des journalistes se retrouvent contraints d’accepter des situations qui bafouent leur rôle, ce n’est pas leur dignité individuelle qui doit être mise en cause, mais le mécanisme qui les enferme dans cette vulnérabilité.


Essaïd Wakli

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