Algérie : le décès du Dr Mansouri, révélateur d’un système hospitalier à bout de souffle
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Le décès brutal du Dr Mansouri Khadija, jeune médecin de 31 ans retrouvée sans vie après une garde éprouvante, a provoqué une onde de choc dans les hôpitaux algériens et au‑delà. L’émotion suscitée par cette disparition dépasse le cadre d’un drame individuel : elle met à nu, une fois encore, les failles structurelles d’un système de santé qui repose depuis des années sur l’épuisement silencieux de ses jeunes praticiens. Dans les services, la nouvelle a été accueillie avec un mélange de tristesse, de colère et de résignation, comme si chacun savait que ce drame n’était pas une exception mais la conséquence logique d’un modèle qui s’essouffle.
Depuis plus d’une décennie, les médecins résidents alertent sur des conditions de travail qu’ils qualifient d’inhumaines : gardes de 24 à 36 heures, absence de repos compensatoire, surcharge chronique, manque de moyens, pression hiérarchique et sentiment d’abandon institutionnel. Les grèves successives, les sit‑in, les lettres ouvertes et les rapports syndicaux n’ont jamais suffi à provoquer une réforme profonde. Le décès du Dr Mansouri agit comme un révélateur brutal : derrière les discours officiels sur la modernisation du secteur, la réalité quotidienne reste marquée par l’épuisement physique et psychologique, au point de mettre en danger ceux qui sont censés soigner.
Ce drame survient dans un contexte où le système hospitalier peine à retenir ses forces vives. L’exode médical s’accélère, les démissions se multiplient, et les jeunes diplômés envisagent de plus en plus la migration comme unique horizon professionnel viable. La disparition d’une médecin au début de sa carrière symbolise cette fracture : un pays qui forme des compétences mais ne parvient pas à leur offrir des conditions de travail dignes. Pour beaucoup de soignants, la mort de la jeune praticienne n’est pas un accident mais le symptôme d’un modèle à bout de souffle, où la charge de travail est devenue insoutenable et où la responsabilité individuelle sert trop souvent de paravent à l’absence de responsabilité institutionnelle.
La réaction des autorités, encore prudente et limitée à des messages de condoléances, ne suffit pas à apaiser la colère qui monte dans les hôpitaux. Les médecins réclament une enquête transparente, mais surtout une réforme structurelle : réduction du temps de garde, renforcement des effectifs, amélioration des conditions matérielles, reconnaissance statutaire et protection juridique. Ils rappellent que la sécurité des patients dépend directement de la sécurité des soignants, et qu’un médecin épuisé est un médecin vulnérable, pour lui‑même comme pour les autres.
La mort du Dr Mansouri pose une question que le secteur de la santé ne peut plus contourner : combien de drames faudra‑t‑il encore pour que l’État reconnaisse l’urgence d’une refonte réelle des conditions de travail hospitalières ? L’émotion du moment ne suffira pas. Ce qui se joue désormais dépasse l’hommage à une jeune médecin disparue : c’est la crédibilité même du système de santé public qui est en cause, ainsi que la capacité des institutions à protéger ceux qui, chaque jour, protègent les autres.
Nadia B