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Macron reconnaît la répression de Sétif, Guelma et Kherrata : un geste mémoriel calibré

  • il y a 20 heures
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures

Le 8 mai 2026, à l’occasion des commémorations de la victoire sur le nazisme, l’Élysée a rappelé que cette date porte une mémoire douloureuse de l’autre côté de la Méditerranée. Dans un communiqué solennel, Emmanuel Macron a reconnu que les manifestations de Sétif, Guelma et Kherrata, réprimées dans le sang en mai 1945, ont fait des milliers de victimes et marqué durablement l’histoire coloniale. Le président affirme que regarder ces événements « en face » relève de l’honneur de la France, inscrivant ce geste dans la continuité de sa politique de reconnaissance des violences commises en Algérie.


En publiant ce communiqué, l’Élysée a choisi de superposer deux dates longtemps disjointes dans les récits nationaux : la célébration de la victoire sur le nazisme en France et le déclenchement, le même jour en 1945, d’une répression coloniale d’une ampleur exceptionnelle en Algérie. Emmanuel Macron y affirme que les violences de Sétif, Guelma et Kherrata, qui ont duré plusieurs semaines et causé des milliers de morts, constituent « la vérité de notre histoire » et que « l’honneur de la France est de la regarder en face ».


Une reconnaissance sans rupture

Cette déclaration s’inscrit dans la continuité de la politique mémorielle engagée par Macron depuis 2017 : reconnaître des faits, nommer des crimes, mais sans franchir le seuil des excuses officielles. Comme pour Maurice Audin ou Ali Boumendjel, le président adopte une rhétorique de lucidité nationale, valorisant l’idée qu’assumer le passé n’affaiblit pas la France mais la renforce. Le communiqué reste toutefois dans un registre symbolique : aucune mention de responsabilité juridique, aucune ouverture vers des réparations, aucune annonce institutionnelle sur les archives ou les travaux historiques.


Un geste diplomatique maîtrisé

Ce message intervient dans un contexte de réchauffement prudent entre Paris et Alger. En reconnaissant la gravité des événements du 8 mai 1945, l’Élysée cherche à consolider un dialogue bilatéral souvent fragilisé par les tensions mémorielles. Le choix du 8 mai, date hautement sensible pour les deux pays, vise à montrer une volonté d’apaisement sans céder aux demandes algériennes d’excuses formelles. C’est un équilibre délicat : avancer sans brusquer l’opinion française, tendre la main sans s’engager dans un processus contraignant.


Une réception contrastée en Algérie

En Algérie, cette déclaration devrait susciter des lectures divergentes. Pour certains historiens et acteurs de la société civile, elle représente un pas supplémentaire vers la reconnaissance des violences coloniales. Pour d’autres, elle demeure insuffisante, car elle ne s’accompagne ni d’excuses ni d’un cadre mémoriel partagé. Dans le contexte politique algérien actuel, ce type de geste est souvent instrumentalisé par les autorités pour réaffirmer la centralité de la guerre de libération dans la légitimité du pouvoir.


Un geste fort, mais limité

Le communiqué du 8 mai 2026 marque une nouvelle étape dans la reconnaissance officielle des violences commises en Algérie en 1945. Il confirme la stratégie mémorielle de Macron : assumer le passé sans s’engager dans la repentance. Un geste fort dans les mots, limité dans ses implications, mais qui contribue à inscrire les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata dans le récit national français — un récit longtemps fragmenté, désormais assumé avec davantage de clarté.


Yacine M

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