À l’aéroport d’Alger, l’arrestation de Kamira Naït Sid relance la machine répressive
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La militante des droits humains Kamira Naït Sid a été arrêtée ce matin à l’aéroport d’Alger, selon une information confirmée par le président de l’ONG Riposte Internationale. De retour d’un déplacement à l’étranger où elle avait pris part à la neuvième édition du Congrès mondial amazigh, elle a été interpellée dès son arrivée sur le territoire national par les services de sécurité. Aucune déclaration officielle n’a pour l’heure été publiée, mais plusieurs sources associatives indiquent qu’elle a été transférée vers un service de police pour des « vérifications », une formule désormais récurrente dans le traitement réservé aux militants et défenseurs des droits humains en Algérie.
Cette arrestation intervient dans un contexte où le nom de Kamira Naït Sid reste associé à l’un des dossiers les plus emblématiques de la répression politique de ces dernières années. Arrêtée une première fois en août 2021, elle avait été condamnée à trois ans de prison ferme pour « appartenance à une organisation terroriste » et « atteinte à l’unité nationale », des accusations largement dénoncées par les ONG internationales comme relevant d’une criminalisation de l’expression identitaire amazighe. Libérée en septembre 2024 après trois années de détention, elle demeurait sous le coup de procédures multiples, son procès en appel ayant été renvoyé à plusieurs reprises, signe d’un acharnement judiciaire qui ne s’est jamais réellement interrompu.
Figure centrale du mouvement amazigh, ancienne coprésidente du Congrès Mondial Amazigh, Kamira Naït Sid incarne depuis plus de vingt ans un combat pour la reconnaissance culturelle, linguistique et politique d’un peuple dont l’existence même a longtemps été niée par l’État algérien. Ses prises de position, toujours publiques et assumées, ont fait d’elle une voix incontournable, mais aussi une cible privilégiée d’un pouvoir qui, depuis 2019, assimile toute revendication identitaire à une menace contre l’ordre établi. Son engagement pour la promotion de tamazight, pour la défense des détenus d’opinion et pour la structuration d’un espace politique amazigh autonome lui a valu une surveillance constante, des convocations répétées et une série de poursuites qui ont rythmé sa vie ces dernières années.
L’acharnement dont elle fait l’objet s’inscrit dans une stratégie plus large : celle d’un pouvoir qui, après avoir toléré l’expression amazighe dans les années 2000, a progressivement refermé l’espace politique et culturel, criminalisant les symboles, les associations et les militants. Les arrestations liées au simple port du drapeau amazigh, les condamnations pour « atteinte à l’unité nationale » et les campagnes médiatiques visant à délégitimer les acteurs du mouvement témoignent d’une volonté de réduire au silence toute revendication identitaire perçue comme autonome. Dans ce paysage, Kamira Naït Sid est devenue l’un des visages les plus visibles de cette résistance, et donc l’une des figures les plus ciblées.
Son interpellation à l’aéroport d’Alger, au retour d’un congrès international consacré à l’amazighité, n’a rien d’anodin. Elle rappelle la manière dont les autorités utilisent les frontières comme un outil de contrôle politique, empêchant certains militants de quitter le territoire, en empêchant d’autres d’y entrer, ou en les arrêtant à leur arrivée. Elle rappelle aussi que, malgré les discours officiels sur l’apaisement, la logique répressive demeure intacte dès qu’il s’agit de voix dissidentes, en particulier lorsqu’elles portent une revendication identitaire structurée et transnationale.
Alors que ses proches tentent d’obtenir des informations sur son lieu de détention et sur les motifs exacts de son arrestation, une question s’impose : combien de temps encore l’État algérien continuera‑t‑il à traiter l’amazighité comme un délit et ses défenseurs comme des ennemis intérieurs ? L’arrestation de Kamira Naït Sid, figure respectée et symbole d’un combat pacifique, montre que la répression n’a pas reculé. Elle rappelle surtout que, dans l’Algérie de 2026, l’identité amazighe reste un terrain de confrontation politique où le pouvoir choisit encore trop souvent la coercition plutôt que le dialogue.
Yacine M