Algérie : le Hirak a sept ans, ses militants en prennent cinq
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Le 22 février marquait l'anniversaire du soulèvement populaire de 2019. Le lendemain, un avocat algérien en exil publiait dans Le Monde un bilan accablant. La contestation n'a pas été vaincue, elle a été juridiquement criminalisée.
Sept ans. C'est l'âge qu'a eu hier le Hirak, ce mouvement de protestation inédit qui avait paralysé l'Algérie pendant des mois, forçant le président Abdelaziz Bouteflika à la démission. Sept ans, et le régime qui lui a succédé n'a visiblement pas chômé. Aïssa Rahmoune, avocat algérien installé en France et secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains, en dresse un inventaire méthodique dans une tribune publiée ce lundi dans Le Monde.
Le tableau est sombre. Mohamed Tadjadit, dont les poèmes scandés en chœur dans les rues d'Alger étaient devenus la bande-son du soulèvement, purge depuis novembre 2025 une peine de cinq ans pour “outien à des organisations terroristes”. La militante Abla Kemari, engagée auprès des migrants subsahariens dans le sud du pays, a écopé de deux ans de prison pour une poignée de publications en ligne jugées offensantes envers la présidence. Ils seraient aujourd'hui près de trois cents dans cette situation, selon la FIDH.
Ce qui retient l'attention de Rahmoune n'est pas tant la répression elle-même-les régimes autoritaires ont toujours su trouver le chemin des geôles- que l'habillage dont elle se pare désormais. Depuis 2019, écrit-il, le pouvoir a “méthodiquement construit un arsenal juridique destiné à criminaliser la contestation et à donner à l'arbitraire les apparences de la légalité”. Le Code pénal a été retouché, élargi, assoupli dans un sens unique. Un tweet, un like, un virement reçu d'une ONG étrangère peuvent désormais valoir à leur auteur une mise en examen pour “terrorisme” ou “atteinte à la sûreté de l'État”. Les formulations retenues par le législateur sont volontairement vagues, observe l'avocat, précisément pour que le filet attrape le plus large possible.
La presse n'est pas épargnée. L'affaire Christophe Gleizes, ce journaliste sportif français incarcéré à Alger dont la détention a ému jusqu'à Ségolène Royal, a eu le mérite d'internationaliser le sujet. Mais Rahmoune souligne ce que l'indignation pour un ressortissant français tend à masquer. Derrière ce cas médiatisé, “ce sont des dizaines de journalistes locaux qui ne peuvent plus exercer leur métier, ou qui en payent le prix”, écrit-il. Un récent changement législatif permet désormais de poursuivre n'importe quelle rédaction indépendante au nom de l' “atteinte à l'intérêt national”, une formulation suffisamment élastique pour couvrir à peu près tout.
Pour l'avocat, la frénésie répressive qui s'est emparée du régime sept ans après la dissolution du mouvement trahit avant tout sa propre fragilité. Le pouvoir algérien arrête à tour de bras ses opposants parce qu'il est “terrifié à l'idée que le mouvement renaisse de ses cendres”, écrit Rahmoune. Une lecture qui suggère qu'aucune des causes structurelles du Hirak, le chômage, l'opacité du pouvoir, l'absence d'État de droit, n'a été sérieusement traitée depuis 2019.
En ce 23 février, lendemain d'un anniversaire qu'on aurait pu croire oublié, Rahmoune conclut par une formule qui résonne comme un avertissement sobre et patient. “Le Hirak n'est pas mort : il attend”.
Amine B.



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