Algérie : Le journaliste Saad Bouakba devant un juge d’instruction
- cfda47
- 26 nov. 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 nov. 2025

Le célèbre journaliste et chroniqueur, Saad Bouakba, a été interpellé mercredi 26 novembre en fin de journée dans son domicile, à Alger, rapportent des sources concordantes. Relâché en fin de journée, il va se présenter jeudi matin devant un juge d’instruction près le tribunal de Bir-Mourad-Raïd.
Durant les trois dernières semaines, il a accordé une série d’entretiens à VisionTV portant sur sa longue carrière de près de 60 ans de pratique journalistique où il a notamment relaté sa version de certains évènements historiques vécus par le pays depuis l’indépendance. Témoin privilégié de l’histoire récente de l’Algérie, Saad Bouakba, 79 ans, a également raconté des anecdotes, parfois personnelles, sur des personnalités importantes qui ont géré l’Algérie.
Ainsi, on apprend, par exemple, que la famille du grand dirigeant de la révolution, le chahid Mostefa Benboulaïd, avait refusé de donner en mariage leur fille unique pour le défunt président Houari Boumediène.
Dans son témoignage, le journaliste a également rapporté des témoignages de certaines figures historiques et des récits, parfois gênants, d’anciens maquisards sur d’autres compagnons d’arme. Il a ainsi relaté les témoignages, parfois blessants, de Ali Mendjelli à propos du défunt président, Abdelaziz Bouteflika, qui, n’étant pas haineux, a donné le nom de l’ancien maquisard à une ville de la wilaya de Constantine.
De manière inattendue, Saad Bouakba, qui fut un pourfendeur du président déchu lorsqu’il était chroniqueur pour le journal El-Khabar puis Echorouk, a plaidé pour la réhabilitation de Abdelaziz Bouteflika. « Il n’est pas normal qu’un homme qui a été président de l’Algérie durant 20 ans et qui avait le mandat de ministre des Affaires étrangères de l’Algérie ne soit pas réhabilité. Aucune institution n’est mise en son nom », a-t-il déploré tout en rappelant qu’il l’avait sévèrement critiqué de son vivant.
Ce n’est pas la première fois que Saad Bouakba se retrouve dans le viseur de la justice. En octobre 2023, il avait été condamné à six mois de prison ferme pour un article satirique, sur la base de la loi contre la discrimination et le discours de haine. En octobre 2024, il avait comparu pour diffamation envers les habitants de Djelfa, après une chronique jugée insultante. Ses écrits, souvent satiriques et critiques, lui valent régulièrement des poursuites judiciaires, sans qu’il ait été incarcéré jusqu’ici.
Des journalistes et intellectuels, dont l’universitaire Fodil Boumala, ont dénoncé une nouvelle atteinte à la liberté de la presse. Des organisations de défense des droits humains rappellent que l’Algérie figure parmi les pays où les journalistes indépendants subissent une pression constante. Pour ses soutiens, Bouakba incarne une mémoire critique et une voix insoumise, que l’État cherche à réduire au silence.
L’interpellation de Saad Bouakba, suivie de sa remise en liberté, apparaît comme un nouvel épisode de la confrontation entre presse indépendante et pouvoir politique. À 79 ans, le journaliste continue de payer le prix de son insoumission, devenant malgré lui un symbole de la lutte pour la liberté d’expression en Algérie.
Natif de Skikda, il est connu pour sa plume acérée. Très proche des cercles décideurs à l’époque du parti unique, il a néanmoins gardé son autonomie de réflexion et une liberté de ton rare pour l’époque.
Essaïd Wakli



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