Algérie : les stades, ces arènes de l’impunité
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Les supporters du club algérois, l’Union sportive de la médina d’El-Harrach (USMH) ont envahi, ce vendredi 10 avril, le stade des Eucalyptus, Sud-Est d’Alger, où leur équipe jouait contre l’Association sportive de la médina d’Oran (ASMO 1-2). Ils ont protesté contre l’inscription d’un but victorieux par l’équipe visiteuse, ce qui compromet sérieusement les chances de voir leur équipe accéder à l’élite du football national. Le même scénario s’est d’ailleurs produit l’an dernier. Résultat : le joli stade communal a été vandalisé, les sièges et les barrières de sécurité arrachés, laissant l’enceinte dans une image de dévastation. Cela donne même des airs d’une scène de guerre.
Le sujet n’est pas nouveau. La violence dans les stades algériens a atteint des proportions alarmantes, inquiétantes à bien des égards. Si l’enjeu des rencontres du football peut réellement créer un sentiment de frustration dès lors que l’équipe supportée est défaite, casser tout sur son passage est d’une gravité affligeante. Rien ne justifie de tout détruire sur son passage, des sièges jusqu’aux barrières, en passant parfois par la toiture, puisque certains jeunes supporters montent jusqu’en haut des enceintes sportives quitte à se mettre en danger.
Ce qui est sidérant, c’est que ce phénomène a déjà produit des effets funestes et morbides. L’an dernier, l’effondrement d’une partie des tribunes du stade du 5-Juillet, conséquence d’une énorme bousculade, a provoqué la mort de 4 jeunes. Des poursuites judiciaires ont certes conduit à condamner certains responsables de l’arène sportive à des peines sévères. Mais cela ne s’est fait que pour des faits de négligence. Jamais ou rarement un ou un groupe de supporters a été sanctionné pour violence, devenue pourtant monnaie courante dans les stades.
La vérité est que derrière cette passivité des autorités se cache une réalité : par peur de soulèvement portant des revendications populaires ou politiques, les tenants du pouvoir créent un climat d’impunité qui dispense certains délinquants de poursuites judiciaires même lorsque leurs faits et gestes constituent un danger pour la collectivité. Il y a deux ans, les services de sécurité ont été contraints de relâcher, au cœur d’Alger, des supporters du Mouloudia d’Alger pris en flagrant délit de violences. Interpellés après la fin de match, ces jeunes ont été conduits dans un commissariat. Des dizaines de leurs soutiens ont pris d’assaut le local de la police, obligeant les policiers à abandonner les poursuites contre les jeunes interpellés.
Si elles ont agi de la sorte, c’est que les autorités algériennes ont en souvenir un détail de l’histoire récente du pays : les chants des supporters dans les stades ont servi de source d’inspiration pour les manifestants qui ont fait de ces invocations de tribunes des slogans lors des marches populaires. Depuis, les groupes de chanteurs ont été approchés discrètement par les autorités pour leur interdire d’entonner les chants politiques dans les arènes sportives. Le reste, c’est-à-dire la violence, ne semble pas déranger le pouvoir politique. D’où la poursuite de la violence dans une totale impunité !
Essaïd Wakli