Algérie-Mali : la visite de Maïga relance la coopération bilatérale
- il y a 14 heures
- 3 min de lecture

Dix-neuf mois après avoir annoncé la fin de l'accord d'Alger, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga entame une visite de travail à Alger pour consolider le rapprochement engagé en juillet.
Maïga atterrit ce lundi 24 août à Alger. Il y a dix-neuf mois, c'est ce même homme, alors porte-parole du gouvernement militaire malien, qui lisait à la télévision d'État le communiqué mettant fin « avec effet immédiat » à l'accord d'Alger de 2015. Aujourd'hui général de division et chef du gouvernement, il porte dans ses bagages un message manuscrit du président de la Transition, Assimi Goïta, à l'attention d'Abdelmadjid Tebboune.
La visite de deux jours s'inscrit dans une séquence enclenchée le 10 juillet, lorsque Alger a annoncé le retour de son ambassadeur à Bamako, Kamal Retieb, rappelé pour consultations en avril 2025, ainsi que la réouverture réciproque de l'espace aérien aux vols civils et militaires. Le ministère algérien des Affaires étrangères y voyait alors la volonté de replacer les relations sur leur « trajectoire historique naturelle ». Un mois plus tard, le 9 août, un entretien téléphonique entre Sifi Ghrieb et Abdoulaye Maïga, à l'initiative d'Alger et sur instruction de Tebboune, débouchait sur l'invitation officielle concrétisée ce lundi. Maïga sera reçu par le président algérien puis tiendra des séances de travail avec son homologue.
Ce calendrier ferme quinze mois d'une rupture ouverte par la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d'un drone militaire malien par la défense antiaérienne algérienne près de la frontière commune. L'épisode avait entraîné la fermeture réciproque des espaces aériens et le rappel des ambassadeurs, avant de prendre une tournure régionale quand le Burkina Faso et le Niger, partenaires de Bamako au sein de l'Alliance des États du Sahel, avaient apporté leur soutien au régime malien.
Une brouille née avant le drone
L'incident de 2025 n'a fait que porter à son paroxysme une crise entamée bien plus tôt. Dans un rapport publié le 15 juillet par l'International Crisis Group, les chercheurs rappellent que la rupture trouve son origine dans le « tournant souverainiste » de Bamako après le double coup d'État de 2020-2021, puis dans l'offensive de l'armée malienne et de ses alliés russes contre les groupes touareg du nord à partir de fin 2023. Le retrait de la Minusma, exigé par la junte, avait privé l'accord de paix de l'un de ses principaux soutiens. L'escalade verbale de janvier 2024, cristallisée autour d'accusations d'ingérence lors du sommet du Mouvement des non-alignés, avait précédé de cinq jours la dénonciation de l'accord.
C'est là que réside l'ambiguïté de la visite de ce lundi. Le rapprochement porte sur des instruments bilatéraux classiques, ambassadeurs, ciel ouvert, approvisionnement en hydrocarbures, alors que le Mali traverse une pénurie de carburant, et coopération sécuritaire autour du Comité d'état-major opérationnel conjoint basé à Tamanrasset. Il ne comporte, à ce stade, aucune mention d'un retour au cadre de 2015 ni d'une reprise du dialogue avec la Coordination des mouvements de l'Azawad, toujours qualifiée de « terroriste » par Bamako.
L'accord, grand absent des discussions
Or l'accord d'Alger reste, sur le papier, la seule architecture politique jamais négociée pour le nord du Mali. Sa disparition a laissé un vide que la répression militaire n'a pas comblé. Les anciens signataires touareg se sont depuis restructurés au sein du Front de libération de l'Azawad, qui a fait alliance, le 25 avril dernier selon Crisis Group, avec le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin pour mener des attaques d'une ampleur inédite depuis 2012, notamment début juillet contre Gao, Sévaré, Konna et Aguelhok. C'est précisément cette dégradation sécuritaire, plus que la volonté de raviver l'accord de 2015, qui semble avoir précipité la reprise de contact entre Alger et Bamako début juillet.
Le think-tank recommande aux deux capitales de sécuriser d'abord leur frontière commune avant d'œuvrer à un règlement négocié associant l'ensemble des belligérants, séparatistes comme jihadistes. Une piste politiquement périlleuse pour une junte qui a fait de la reconquête militaire du nord le socle de sa légitimité, et qui a personnellement porté, par la voix de son actuel Premier ministre, l'acte de décès de la précédente tentative de dialogue.
Alger, de son côté, n'a jamais renoncé publiquement à l'accord. Le 13 décembre 2023, son gouvernement réaffirmait sa « ferme conviction » qu'il demeurait le meilleur cadre pour la paix, invitant les deux camps à y revenir. Cette position n'a pas été démentie depuis, mais elle n'a pas non plus été reprise dans les communiqués entourant la visite de ce lundi, tous centrés sur la relance bilatérale plutôt que sur le sort des groupes armés du nord.
Khaled ROUABAH



Commentaires