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Algérie : quand l’État achète une image à l’étranger plutôt que de libérer l’information chez lui

  • il y a 10 heures
  • 3 min de lecture

L’encart paru dans USA Today n’est pas une enquête ni un reportage, mais une opération de communication achetée par l’État algérien. Présenté comme un “supplément spécial”, il vise à montrer une Algérie ouverte aux investissements étrangers, décrite comme un vaste territoire aux ressources multiples et encore sous‑exploitées. Le texte déroule un argumentaire économique classique : agriculture, énergie, santé, technologies vertes — autant de secteurs censés incarner une “nouvelle dynamique”. Le ton est promotionnel, sans nuance ni contradiction. Il est celui d’une brochure économique, enthousiaste et lisse, conçue pour séduire des investisseurs étrangers. Rien n’y évoque les contraintes, les risques ou les réalités du terrain ; tout y célèbre l’opportunité.


L’image qui accompagne le supplément montre le chef de l’Etat algérien en costume, derrière un pupitre, dans un décor bleu‑vert. Ce choix visuel sert à incarner l’État, à projeter une impression de stabilité et à donner un visage à la « nouvelle Algérie » que le texte prétend mettre en avant. C’est une mise en scène politique, pas une observation journalistique. Le message implicite est clair : un pays organisé, modernisé, prêt à accueillir des capitaux internationaux.


Ce type d’opération n’est pas une première. Depuis les années 2000, l’État algérien achète régulièrement des vitrines médiatiques à l’étranger pour promouvoir son attractivité économique ou politique. On a vu des suppléments similaires dans le Financial Times, The Economist, Jeune Afrique, Le Monde, The New York Times, et même des segments sponsorisés sur des chaînes comme CNN ou Euronews. Ces formats sont produits par des agences spécialisées dans la communication institutionnelle internationale. Ils reviennent périodiquement, comme un rituel : chaque fois que le pouvoir veut projeter une image d’ouverture, il la fabrique à l’extérieur plutôt que de la construire à l’intérieur.


Ce qui change aujourd’hui, c’est le contraste devenu criant entre cette communication externe et la réalité interne. Les médias locaux sont affaiblis, les journalistes sous pression, la publicité institutionnelle utilisée comme levier politique, les enquêtes indépendantes rares ou risquées. Dans ce contexte, un supplément dans USA Today apparaît moins comme une stratégie économique que comme un geste défensif : acheter à l’étranger ce qu’on ne permet pas de construire chez soi. À défaut d’avoir des médias nationaux libres, capables d’enquêter, de vérifier, de critiquer et de rassurer les investisseurs par la transparence, l’État importe une crédibilité artificielle.


Le problème n’est donc pas la communication en soi, mais ce qu’elle révèle. Le budget d’un tel encart — deux pages dans un grand quotidien américain — représente en Algérie de quoi financer pendant un an deux rédactions de vingt journalistes chacune. Autrement dit, au lieu de soutenir un écosystème médiatique capable de raconter le pays, on finance une façade destinée à l’extérieur. Pourtant, un investisseur sérieux ne se fie pas à une page de publicité. Il regarde la stabilité juridique, la qualité des institutions, la liberté d’informer, la capacité des médias à révéler les problèmes plutôt qu’à les cacher. En ce sens, la communication internationale souligne le manque de confiance dans les médias nationaux.


La réputation d’un pays ne s’achète pas. Elle se construit. Elle repose sur la liberté de la presse, sur la possibilité pour les journalistes de travailler sans peur ni consigne, sur l’existence d’un espace public où l’information circule, se confronte, se vérifie. Le supplément de USA Today dit : « Regardez notre potentiel. » La réalité répond : « Commencez par libérer vos médias. » Une information crédible vaut mieux que toutes les pages publicitaires du monde.



Nadia B




 
 
 
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