Algérie : un féminicide d’une violence inouïe relance le débat sur la protection des victimes
- cfda47
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La fin du mois de janvier 2026 a été marquée en Algérie par un drame qui dépasse la simple tragédie familiale. À Chlef, une adolescente de presque seize ans, Asma Oumaïma Moumna, a été tuée par son père après des années de violences signalées mais jamais réellement stoppées. L’affaire, révélée par l’activiste Lina Farah, fondatrice de la page TBD Algérie, a provoqué une onde de choc dans tout le pays.
Il arrive que l’actualité nous renvoie un miroir si brutal qu’il devient impossible de détourner le regard. La mort d’Asma Oumaïma Moumna, à Chlef, n’est pas seulement l’histoire d’une adolescente arrachée à la vie par celui qui aurait dû la protéger. C’est le révélateur d’un système qui, malgré les alertes, malgré les cris étouffés, malgré les signaux répétés, n’a pas su — ou pas voulu — empêcher l’irréparable.
À travers le témoignage relayé par l’activiste Lina Farah, c’est toute une société qui se retrouve confrontée à ses propres silences, à ses propres renoncements. Car Asma n’est pas un cas isolé : elle est le visage, tragiquement rendu visible, de milliers de vies fragilisées par la violence domestique, souvent reléguée au rang de « problème privé » jusqu’à ce qu’elle devienne un drame public.
La question n’est plus de savoir comment une telle horreur a pu se produire, mais pourquoi elle continue de se produire. Pourquoi les plaintes ne suffisent pas. Pourquoi les institutions n’interviennent qu’après coup. Pourquoi la société accepte encore que des adolescentes vivent dans la peur au sein même de leur foyer.
Asma aurait eu seize ans. Elle aurait dû avoir un avenir. Sa mort nous oblige à regarder en face ce que nous préférons parfois ignorer : la violence n’est jamais un fait divers. C’est un échec collectif. Et tant que nous n’en ferons pas une priorité nationale, d’autres Asma continueront de disparaître dans le silence.
Une adolescente décrite comme studieuse, mais prisonnière d’un foyer violent
Asma était connue dans son lycée pour son sérieux et sa discrétion. Ses enseignants la décrivaient comme une élève appliquée, loin d’imaginer l’enfer qu’elle vivait chez elle. Selon les témoignages recueillis par l’activiste, la jeune fille subissait depuis longtemps les coups et les humiliations d’un père réputé pour son autoritarisme et ses positions radicales. À la maison, la peur était devenue la norme pour toute la famille.
L’année précédente, l’homme avait déjà été condamné à six mois de prison pour avoir infligé des blessures graves à sa fille à l’aide d’un outil métallique. L’alerte avait été donnée par les camarades d’Asma, choqués par son état. Mais à sa sortie de détention, rien n’avait changé : la violence avait repris, plus sourde, plus dangereuse encore.
« Il va me tuer » : des appels à l’aide restés sans réponse
Les proches d’Asma affirment qu’elle avait parfaitement conscience du danger qui la menaçait. Elle répétait à ceux en qui elle avait confiance que son père finirait par la tuer. Le jour du drame, elle s’est rendue au lycée en état de détresse et a confié sa peur à plusieurs adultes. L’établissement a alerté la gendarmerie, qui a convoqué le père. Celui-ci a signé un engagement à ne plus exercer de violences, avant de repartir avec sa fille.
Quelques heures plus tard, Asma tentait de fuir une nouvelle agression et s’est présentée à la police pour demander protection. Mais son père est revenu, muni de ses papiers et de son statut de tuteur légal. Malgré les supplications de l’adolescente, elle lui a été rendue.
Un meurtre d’une brutalité extrême
De retour au domicile familial, l’homme s’est acharné sur sa fille avec une fourche, la frappant jusqu’à la tuer. Après le crime, il a contacté certains proches pour leur annoncer ce qu’il venait de faire, justifiant son acte par des propos glaçants.
Asma a été enterrée à Chlef. Son corps n’a pas pu être exposé en raison de la gravité des blessures. Sa mère, traumatisée, vit depuis dans un état de choc profond, incapable de supporter la réalité de la perte.
Un drame qui interroge les institutions
Pour Lina Farah, ce féminicide n’est pas seulement l’histoire d’une adolescente abandonnée à son sort. C’est le symbole d’un système qui n’a pas su reconnaître l’urgence, malgré les signaux évidents. L’activiste insiste sur la nécessité de former les forces de l’ordre et les institutions à identifier les situations de danger extrême, et de mettre fin aux « règlements à l’amiable » dans les affaires de violences intrafamiliales.
Elle rappelle également que la sacralisation de la famille ne doit jamais primer sur la protection d’un enfant en danger. Asma avait parlé, demandé de l’aide, tenté de fuir. Elle n’a pas été entendue.
Un appel national à la réforme
L’affaire a suscité une vague d’indignation en Algérie, où de nombreuses voix réclament désormais une refonte profonde des mécanismes de protection des victimes, en particulier des mineures. Le nom d’Asma est devenu le symbole d’un combat plus large : celui de toutes celles et ceux qui vivent dans la peur, sans que leurs appels soient pris au sérieux.
Nadia B