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Ali Ideflawen une voix libre que la censure a brisée

  • il y a 52 minutes
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Après une longue lutte contre la maladie, Ali Aït-Ferhat, plus connu sous le nom d’Ali Ideflawen, s’est éteint ce dimanche 28 juin à l’hôpital de Tizi-Ouzou, à l’âge de 69 ans. Avec lui disparaît l’une des voix les plus marquantes de la chanson engagée kabyle, un artiste dont le parcours épouse les grandes fractures politiques et culturelles de l’Algérie contemporaine.


Né à Aït-Guaret, dans la commune de Timizart, Ali Aït-Ferhat appartient à cette génération d’enfants de l’Algérie indépendante qui, après avoir exercé comme enseignant, ont trouvé dans l’art un espace de liberté que la vie publique ne leur offrait pas. À la fin des années 1970, il fonde avec le parolier L’Hacen Ziani et le musicien Zahir Adjou le groupe « Ideflawen » — « les neiges ». Le trio s’inscrit dans un moment charnière : celui où la jeunesse kabyle, portée par les luttes identitaires et les aspirations démocratiques, invente une nouvelle scène musicale, moderne dans ses arrangements, profondément politique dans ses textes.


Les chansons d’Ideflawen deviennent rapidement des hymnes de résistance. « Djet-iyi avrid ad 3eddigh » ou « Berrouaghia », écrites par Mohia, s’imposent comme des pièces majeures de la chanson contestataire. Dans les campus, les cités universitaires, les salles d’Alger ou les foyers de l’émigration, la voix d’Ali résonne comme celle d’un « maquisard de la chanson », selon la formule de Kateb Yacine. À une époque où la revendication amazighe est criminalisée, où la liberté d’expression est étouffée, Ideflawen incarne une contre-culture qui refuse l’effacement et revendique l’existence.


Cette période, marquée par le Printemps berbère de 1980 et les années de plomb qui suivent, voit émerger une constellation d’artistes engagés. Ali Ideflawen, comme tant d’autres, devient une figure morale pour des générations de militants. Mais cette reconnaissance symbolique ne se traduit jamais en sécurité matérielle. La censure, omniprésente, le prive de scènes, de revenus, de visibilité. L’artiste vit dans une précarité chronique, comme beaucoup de chanteurs politiques de cette époque, tolérés mais jamais réellement acceptés.



Les dernières années de sa vie sont marquées par une nouvelle forme de répression. Accusé « d’accointances avec des groupes terroristes », il est empêché de quitter le territoire national. Une accusation sans fondement, qui relève davantage de la punition politique que de la sécurité nationale. En réalité, c’est sa liberté de ton que les autorités lui reprochent. Ali devient un oiseau à qui l’on a coupé les ailes : interdit de chanter en Algérie, empêché de se produire en France où la diaspora lui offrait un public fidèle, il se retrouve isolé, privé de son art, de son public, de son gagne-pain.


Cette mise à l’écart accélère son déclin. Tombé malade, hospitalisé durant plusieurs mois, il reçoit le soutien d’artistes et de personnalités qui organisent des concerts en France pour financer ses soins — un geste solidaire qui souligne, en creux, l’incapacité de son propre pays à protéger l’un de ses artistes les plus emblématiques. Malgré ces efforts, Ali Ideflawen s’éteint ce dimanche, à un âge où il aurait encore pu donner, créer, transmettre.


Sa disparition n’est pas seulement celle d’un chanteur. Elle marque la fin d’une époque où la chanson kabyle, portée par des voix comme la sienne, était un espace de lutte, de mémoire et de liberté. Ali Ideflawen laisse derrière lui une œuvre qui a accompagné les combats identitaires, les espoirs démocratiques et les résistances silencieuses d’un peuple. Une voix qui, même réduite au silence, continue de dire ce que l’histoire officielle tente souvent d’oublier.


Essaïd Wakli et Yacine M


 
 
 

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