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Après Amir DZ et Hichem Aboud une question s’impose : À qui le tour

  • il y a 4 minutes
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L’enchaînement des affaires visant des opposants algériens en exil en Europe, de l’enlèvement d’Amir DZ à la tentative d’assassinat contre Hichem Aboud, a installé un climat de sidération et une question désormais omniprésente dans la diaspora : à qui le tour ?.


L’expression n’est pas une formule choc, mais le reflet d’une inquiétude rationnelle nourrie par les enquêtes judiciaires françaises, qui ont mis au jour des opérations structurées, transnationales et parfois coordonnées depuis l’étranger. Les faits établis par les juges antiterroristes montrent que ces attaques ne relèvent ni de la rixe isolée ni du règlement de comptes improvisé, mais d’une stratégie visant à neutraliser des voix critiques du régime algérien, qu’elles soient médiatiques, politiques ou issues de l’appareil sécuritaire lui‑même.


L’affaire Amir DZ a marqué un tournant. L’influenceur, suivi par des millions d’abonnés, a été enlevé en plein territoire français avant d’être retrouvé grâce à une opération policière d’envergure. Quelques mois plus tard, la tentative d’assassinat contre Hichem Aboud, ancien officier devenu journaliste, a confirmé que les cibles ne sont pas choisies au hasard : elles ont en commun une forte audience, une capacité à documenter les luttes internes du pouvoir et une influence sur l’opinion publique algérienne, y compris depuis l’étranger. Les magistrats français ont mis en examen plusieurs suspects, certains soupçonnés d’agir pour le compte de réseaux liés aux services algériens, ce qui a provoqué une crispation diplomatique entre Paris et Alger. Les autorités algériennes, de leur côté, nient toute implication.


Ces deux affaires, loin d’être isolées, s’inscrivent dans une dynamique plus large observée depuis plusieurs années : pressions, intimidations, cyberharcèlement, tentatives d’infiltration de milieux militants, et désormais actions violentes sur le sol européen. Les profils visés dessinent une cartographie du risque : influenceurs dénonçant la corruption, journalistes d’investigation, anciens insiders du système, militants installés en Europe et figures devenues symboliques pour la diaspora. Ce ne sont pas des noms qu’il faut lister, mais des catégories que les faits permettent d’identifier. La question « à qui le tour » traduit donc moins une peur diffuse qu’une lecture lucide des précédents judiciaires.


La portée de ces opérations dépasse le cadre individuel. Elles interrogent la capacité des États européens à protéger des résidents menacés par des acteurs étrangers, mais aussi la manière dont certains régimes tentent d’étendre leur contrôle au‑delà de leurs frontières. Elles révèlent également une évolution du rapport de force entre le pouvoir algérien et sa diaspora politique, devenue un espace d’expression incontrôlable et parfois redouté. Les réseaux sociaux, qui ont permis l’émergence de figures comme Amir DZ, sont désormais perçus comme un terrain stratégique où se joue une partie de la bataille narrative autour de la légitimité du régime.


Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas seulement de savoir qui pourrait être la prochaine cible, mais de comprendre ce que ces affaires disent de l’état du système politique algérien et de sa relation à la critique. Les enquêtes françaises ont mis en lumière une escalade préoccupante, qui transforme des opposants en exil en acteurs vulnérables d’un conflit politique qui les dépasse. La question « à qui le tour » n’est pas une anticipation morbide : c’est le symptôme d’un climat où la parole critique, même à des milliers de kilomètres d’Alger, peut désormais exposer à un danger réel. Et tant que les responsabilités ne seront pas pleinement établies et assumées, cette inquiétude restera au cœur de la diaspora algérienne.


Yacine M

 
 
 

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