top of page

Après Jijel, Tebboune renforce la riposte mais ignore la prévention

il y a 1 jour
4 min de lecture


Réuni dimanche 20 septembre, le Conseil des ministres a ordonné une refonte du statut de la protection civile, une reprise en main du suivi de la production céréalière et l'achèvement des indemnisations des sinistrés des incendies de fin août. Trois semaines après une catastrophe dont le bilan humain demeure contesté, l'Exécutif mise sur les moyens de lutte et sur la répression, sans esquisser la moindre politique de prévention des feux de forêt.


Le président de la République a ouvert la réunion par un satisfecit sur la rapidité des procédures d'indemnisation des victimes des incendies, en particulier dans la wilaya de Jijel, qu'il a désignée comme la plus touchée, avant d'ordonner au gouvernement de solder les derniers dossiers « s'il en reste » dans les plus brefs délais. Le communiqué n'avance aucun chiffre, ni sur le nombre de familles indemnisées, ni sur les montants engagés, ni sur l'étendue des dégâts. 


Le bilan humain lui-même n'a pas été actualisé depuis l'annonce faite le 26 août par le ministère de l'Intérieur, qui faisait état de cinq morts à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou, soit au moins 12 décès et 54 blessés. Ce chiffre est pourtant largement contredit par les données recueillies sur le terrain. La commune de Djemaa Beni Habibi a publié à elle seule un bilan provisoire de 73 victimes, dont 21 membres d'une même famille, tandis qu'un décompte indépendant attribué au quotidien Le Monde, établi à partir des avis de décès, des publications des assemblées communales et des associations locales, fait état d'au moins 200 morts dans la seule wilaya de Jijel. Aucune de ces estimations n'a été confirmée officiellement, mais aucune n'a été démentie de manière circonstanciée.


L'essentiel des décisions concerne la protection civile, dont le chef de l'État a estimé que le statut particulier devait être revu au regard des changements climatiques et de la multiplication des risques majeurs auxquels ses agents sont exposés. Les instructions portent sur un relèvement général des salaires par la révision des points indiciaires, une refonte de l'échelle des grades en fonction des missions administratives et opérationnelles, une revalorisation des indemnités servies aux personnels de terrain et à leurs familles, ainsi qu'une formation continue étendue à l'ensemble de la carrière afin de réduire les pertes humaines lors des interventions. 


Sur le plan matériel, le président a ordonné l'acquisition d'équipements modernes assortie d'un plan de renouvellement, la création de points et de postes avancés de surveillance dans les zones à forte densité forestière en coordination avec le ministère de l'Agriculture, l'institutionnalisation du volontariat saisonnier et le renforcement progressif de la flotte de bombardiers d'eau « selon leur disponibilité sur le marché international ». Aucun nombre d'appareils, aucune échéance et aucune enveloppe budgétaire ne sont précisés.


Ces mesures prolongent la ligne fixée au lendemain des incendies. Lors d'une réunion tenue le 30 août avec de hauts responsables civils et militaires, le président avait demandé à son ministre de la Justice de réviser le Code pénal avant le 15 septembre afin de rétablir l'exécution de la peine de mort contre les auteurs d'incendies volontaires, alors que l'Algérie observe un moratoire sur les exécutions depuis 1993. La réponse des pouvoirs publics s'organise ainsi autour de deux axes, la sanction pénale et le renforcement des moyens d'intervention. Le troisième, celui de la prévention, reste absent.


En dehors des postes de surveillance, le communiqué ne comporte aucune disposition relative à l'entretien des massifs forestiers, au débroussaillement, à l'ouverture de tranchées pare-feu, à l'aménagement de pistes d'accès ou de points d'eau en forêt, et la Direction générale des forêts n'y est pas mentionnée. La revalorisation des agents de la protection civile répond à une revendication légitime d'un corps durement éprouvé, mais elle ne saurait se substituer à une politique forestière dont le pays attend toujours les contours.


Le volet agricole révèle une autre lacune, qui touche à la fiabilité des données. Présenté comme le bilan de la campagne moissons-battages 2025-2026, il ne comporte aucun chiffre de production à l'échelle nationale. L'objectif avait pourtant été fixé le 30 juin par le ministre de l'Intérieur, Saïd Sayoud, lors d'une visioconférence avec les walis, à plus de 50 millions de quintaux, contre quelque 3 millions de tonnes récoltées la saison précédente. Au printemps, le Conseil national interprofessionnel de la filière céréales tablait sur plus de 2,5 millions de tonnes de blé dur, pour une demande nationale estimée entre 2,1 et 2,4 millions de tonnes. Les résultats ne sont publiés, pour l'heure, qu'à l'échelle des wilayas. À Relizane, la collecte a atteint environ 1,05 million de quintaux, contre près de 300 000 la saison précédente, avec un rendement moyen d'environ 16 quintaux à l'hectare. C'est dans ce contexte que le président a exigé l'élaboration d'un bulletin mensuel, confié aux walis et établi en étroite collaboration avec l'Office national des statistiques, afin de déterminer avec précision les quantités produites, notamment de blé tendre et de blé dur. Il a également ordonné la numérisation immédiate du paiement des récoltes auprès des agences régionales de l'OAIC et le réexamen du rôle de l'office et des instituts techniques du secteur.


Les autres orientations relèvent du moyen terme. Une nouvelle loi d'orientation agricole devra prévoir des mécanismes d'affectation des superficies aux cultures annuelles en fonction des besoins, dans l'objectif de réduire les importations et de tendre vers l'autosuffisance. Un programme national d'analyse des sols sera lancé en coordination avec les laboratoires pour classer les terres cultivées, et les eaux usées devront être mobilisées pour l'irrigation, afin de rompre avec ce que le communiqué qualifie de dépendance totale à la pluviométrie. Le président a enfin demandé de lutter contre « toutes les formes de dérives » dans les secteurs de l'agriculture, du développement rural et de la pêche, sans préciser lesquelles.


Au-delà de leur nombre, ces décisions pèchent par l'absence de calendrier et de chiffrage. Le renforcement de la flotte aérienne reste suspendu aux aléas du marché international, et aucune feuille de route n'a été annoncée pour réduire, en amont, le risque d'incendie dans des massifs forestiers qui se préparent déjà à la prochaine saison estivale.



Khaled ROUABAH

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page