Barrage de Medjez B’gar : quand l’argent public file par les avenants

Dix ans de prison requis contre un ancien ministre, un marché dont le coût a été multiplié par sept, des concurrents tenus à l'écart. L'affaire du barrage de Medjez B'gar, à Guelma, pose une question simple : qui garantit l'égalité devant la commande publique quand l'argent de tous est en jeu ?
Certains chiffres font l'effet d'une gifle. Soixante-dix-sept milliards de centimes au départ, pour un projet que l'État avait évalué à 212 milliards. Puis trois avenants, et une facture qui, selon l'accusation, dépasse désormais 570 milliards. Devant le pôle pénal économique et financier de Sidi M'hamed, le procureur a requis dix ans de prison ferme et un million de dinars d'amende contre l'ancien ministre des Ressources en eau, Arezki Berraki, d'après Echorouk.
Le grief ne se limite pas à l'argent. Selon le procureur, les avenants ont été conclus à l'insu des autres opérateurs économiques du secteur. Le chantier, parti d'un simple renforcement de l'ouvrage, a glissé vers un rehaussement, puis vers une réhabilitation complète, sans accord formel entre l'Agence nationale des barrages et la société attributaire. Un marché a donc changé de nature sans que personne d'autre ait pu se présenter. Or l'égalité des candidats garantit que chacun concourt aux mêmes conditions, et le procureur y voit une entorse grave à la transparence censée encadrer les marchés publics.
L'accusation remonte plus haut dans la chaîne. Le cahier des charges, rédigé par le bureau d'études français ISL, exigeait un levé topographique avant tout démarrage des travaux. Elle estime que ce document a été orienté au profit de la société bénéficiaire, désignée par l'initiale « R ». Elle reproche aussi aux responsables de l'Agence de ne pas avoir résilié le contrat, alors que des lacunes avaient été relevées dans l'expertise d'ISL.
Rappelons ce que sont ces réquisitions : une demande du parquet, pas une condamnation. Arezki Berraki, comme les autres prévenus, bénéficie de la présomption d'innocence jusqu'à la décision du tribunal. Le parquet a réclamé des peines allant jusqu'à vingt ans de prison contre d'autres mis en cause, avec des mandats d'arrêt internationaux.
Khaled ROUABAH



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