Critiquer Gara Djebilet l’a conduit en prison : Djelloul Slama jugé le 15 octobre

Après plusieurs renvois liés à son état de santé, l’économiste et expert financier Djelloul Slama comparaîtra finalement devant la justice le 15 octobre prochain. Incarcéré depuis plus de huit mois après avoir publiquement critiqué le projet minier de Gara Djebilet, il est poursuivi pour « obstruction à l’investissement dans le but de porter atteinte à l’économie nationale », une affaire qui continue de susciter l’indignation des défenseurs des libertés et des droits humains.
Plus de huit mois après son placement en détention, l’économiste et expert financier Djelloul Slama sera finalement jugé le 15 octobre prochain. Son procès, reporté à plusieurs reprises en raison de son état de santé, intervient dans un contexte marqué par les critiques croissantes visant les restrictions imposées à la liberté d’expression en Algérie.
Professeur d’économie et gestionnaire d’entreprises, Djelloul Slama est une figure connue du débat public. Régulièrement invité sur les plateaux de télévision et très actif sur les réseaux sociaux, il s’est forgé une réputation d’analyste rigoureux et sans concession des politiques économiques menées par les autorités. C’est précisément l’une de ces analyses qui l’a conduit devant la justice.
Au début de l’année, l’universitaire s’était exprimé sur le projet de la mine de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, présenté par les autorités comme l’un des principaux leviers de la diversification économique du pays. Lors d’une intervention télévisée sur la chaîne El-Hayat, il avait remis en cause la rentabilité du projet, estimant que les investissements engagés, évalués à plusieurs milliards de dollars, ne garantissaient pas sa viabilité économique.
Une prise de position qui allait à l’encontre du discours officiel. Depuis plusieurs années, le pouvoir présente en effet Gara Djebilet comme un projet stratégique appelé à transformer le paysage industriel national. Les critiques formulées par Djelloul Slama sont ainsi intervenues au moment où les autorités multipliaient les annonces et les opérations de communication autour de ce chantier considéré comme emblématique du mandat présidentiel.
Quelques jours après cette intervention, l’économiste a été interpellé par les services de sécurité. Maintenu durant plusieurs jours dans leurs locaux, il a été présenté le 24 janvier devant un juge d’instruction qui a ordonné son placement en détention provisoire. Depuis cette date, plusieurs audiences ont été programmées avant d’être systématiquement reportées, notamment pour des raisons médicales.
Son arrestation a provoqué une importante vague de réactions. Des personnalités politiques, des universitaires, des journalistes ainsi que plusieurs organisations de défense des droits humains ont dénoncé une procédure qu’ils considèrent comme disproportionnée. Pour ses soutiens, le dossier repose essentiellement sur une opinion exprimée dans le cadre d’un débat économique légitime et ne saurait justifier une privation de liberté aussi longue.
L’affaire Djelloul Slama est aujourd’hui devenue emblématique du climat qui entoure le débat public en Algérie. Pour de nombreux observateurs, elle illustre une tendance croissante à assimiler la critique des politiques publiques à une atteinte aux intérêts de l’État. Dans ce dossier comme dans d’autres, la frontière entre contestation politique, expertise économique et poursuites judiciaires apparaît de plus en plus ténue.
Le procès prévu le 15 octobre sera donc suivi avec attention, bien au-delà des seuls cercles économiques. Son issue pourrait constituer un nouveau révélateur de la place accordée au pluralisme des opinions et à la liberté de critique dans un pays où les grandes orientations économiques relèvent de plus en plus du domaine du consensus imposé plutôt que du débat contradictoire.
Essaïd Wakli



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