Koukou Éditions réintégrée au Sila après trois ans d'exclusion

Écartée du Salon international du livre d'Alger depuis 2023, Koukou Éditions participera à la 29e édition, du 28 octobre au 7 novembre. Son directeur, Arezki Aït-Larbi, prend acte d'une décision de la ministre de la Culture et des Arts, mais en profite pour instruire le procès de la commission qui a tenu sa maison à l'écart.
C'est par un communiqué daté du 12 octobre que la maison d'édition annonce son retour. Elle affirme avoir été réintégrée dans ses droits, après avoir été exclue du Sila et de l'ensemble des salons régionaux du livre. Koukou dit saluer la décision de la ministre Malika Bendouda, qui aurait mis fin à « trois années d'arbitraire », et souhaite nouer avec les autorités une relation apaisée, fondée sur le respect des lois, le pluralisme éditorial et la liberté de création. L'information émane de l'éditeur lui-même.
L'exclusion remonte à l'ouverture de la 26e édition, en octobre 2023. Le commissariat du Salon avait alors notifié à Aït-Larbi, par courrier électronique, le retrait de son stand pour des « dépassements » constatés dans ses publications au regard du règlement du Sila. Le directeur de Koukou avait mis en cause la commission de lecture, dont la composition, disait-il, relève du « secret d'État ». Le Parti des travailleurs et le RCD avaient condamné la mesure. Le contentieux n'était pas né ce jour-là. Présente au Sila depuis 2011, la maison avait vu en 2018 cinq individus se réclamant de la commission de lecture tenter de saisir deux de ses titres sur son stand. Aït-Larbi avait refusé de les remettre sans décision d'un magistrat.
Koukou accuse les « miliciens de la pensée » qui ont investi la commission d'avoir violé ses droits et discrédité l'institution au nom de laquelle ils agissaient. Pendant trois ans, ils auraient cherché à l'asphyxier pour réduire au silence des dizaines d'auteurs, universitaires, avocats, médecins, journalistes et anciens officiers de l'ALN, que l'éditeur compte parmi les voix les plus respectées de la vie intellectuelle du pays. Il reproche à ces opérations, qu'il juge illégales et clandestines, de vouloir imposer une histoire « frelatée », une religion réduite à un code pénal et privée de sa dimension spirituelle, ainsi que des valeurs sociétales qu'il estime sectaires et misogynes. Ces accusations sont celles de l'éditeur, et le communiqué n'en administre pas la preuve.
Le retour de Koukou intervient quelques mois après que la ministre a installé, en juin, le comité de lecture et de suivi du 29e Sila, nommé par décret ministériel le 5 mai. Mme Bendouda lui avait demandé de s'en tenir strictement à la réglementation, sans « abus » ni « double standard », tout en écartant du salon les textes de haine et de violence. La réintégration de Koukou en est-elle une première application ? Rien, dans le communiqué, ne permet de le dire.
L'éditeur, lui, ne promet aucune inflexion. Il revient, écrit-il, avec la même indépendance intellectuelle que celle qui lui a valu d'être exclu, et continuera de publier les auteurs et les idées qu'il juge nécessaires, dans le respect de la loi mais sans renoncer à sa ligne engagée. Une culture « en garde-à-vue permanente est une culture en sursis », avertit Aït-Larbi, qui remercie auteurs et lecteurs de leur fidélité. Une question reste ouverte, celle des salons régionaux du livre, dont la maison dit avoir été bannie dans le même temps et dont le communiqué ne précise pas s'ils lui rouvrent aussi leurs portes. Réponse le 28 octobre, à l'ouverture du Sila.
Khaled ROUABAH



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