Nouveau bras de fer entre la direction et les salariés d’El-Watan

Le journal El Watan entre dans une nouvelle crise. La direction du quotidien francophone crée un nouveau malaise en introduisant une requête auprès du tribunal d’Alger pour faire annuler une convention signée en 2022 avec les représentants des salariés. Un nouveau bras de fer oppose désormais les deux parties.
Tout commence en 2022. Après des mois d’une activité au ralenti à cause notamment du Covid-19, El Watan est confronté à l’arrêt brutal de la publicité étatique, résultat direct de certaines de ses publications. Ajoutée à un redressement fiscal et au blocage des comptes de l’entreprise par le Crédit populaire d’Algérie (CPA), cette nouvelle situation asphyxie l’entreprise qui ne parvient plus à payer les salaires. Les employés, las d’attendre, ont, alors, déclenché une grève qui a duré près de 10 mois. En août 2022, les deux parties, la direction représentée à l’époque par Mohamed-Tahar Messaoudi et le syndicat d’entreprise, ont signé un accord permettant, entre autres, à des travailleurs de quitter l’entreprise avec une indemnisation pouvant aller jusqu’à 22 mois de salaires pour les plus anciens d’entre eux, conformément au code de travail qui stipule qu’en cas de liquidation d’entreprises, les salariés auront droit à une indemnité équivalent à 1,5 salaire brut mensuel sur chaque année travaillée, avec un plafond de 15 ans. Cela donne donc un maximum de 22 mensualités.
Quatre ans après, le nouveau directeur, Omar Belhouchet, remet en cause la signature de cette convention. Il a introduit, auprès du parquet d’Alger, une requête pour faire annuler le document, arguant le fait que l’accord a été signé par l’ancien directeur, Mohamd-Tahar Messaoudi, « sans l’aval du Conseil d’administration », seul habilité à parapher des documents engageant des opérations financières.
Une décision qui a mis en colère les salariés qui ont missionné leur avocat afin de faire opposition de cette requête de Omar Belhouchet. « Contrairement à ce que dit la direction, la convention de 2022 a été signée avec l’accord du Conseil d’administration », a objecté un journaliste du quotidien francophone qui dénonce une « nouvelle manœuvre » du directeur de la Publication. D’autres salariés du journal rappellent qu'« après nous avoir appauvris, la direction du journal veut nous priver de nos droits ». Cette colère est d’autant plus justifiée que les travailleurs d’El Watan attendent toujours le paiement des arriérés de 5 salaires qu’ils n’ont pas perçus depuis 2025.
En plus des démêlées financières et judiciaires, El Watan a été « obligé » de revoir sa ligne éditoriale, devenant ces derniers mois une des voix du régime politique, ce qui suscite des grincements de dents en interne, même si la fragilité financière de l’entreprise et le manque de débouchés ne laissent pas trop de choix aux journalistes mécontents qui se sentent contraints de garder leurs emplois.
Essaïd Wakli



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