Création sous contrôle : le décret qui inquiète le cinéma algérien
- cfda47
- 24 sept. 2025
- 2 min de lecture

Le nouveau décret encadrant les activités cinématographiques en Algérie, publié en septembre 2025, fait l’effet d’un couperet dans le monde de la création. Derrière les termes administratifs — visa obligatoire, délais rallongés, contrôles renforcés — se dessine une politique culturelle qui inquiète les professionnels du secteur. Car ce texte, loin d’être neutre, semble réintroduire une logique de surveillance et de verrouillage des imaginaires.
Ce décret marque un tournant préoccupant pour le secteur cinématographique en Algérie. En imposant un visa obligatoire pour les tournages, en renforçant les contrôles administratifs et en allongeant les délais d’autorisation, il risque de transformer l’acte de création en parcours d’obstacles.
Les cinéastes, producteurs et scénaristes dénoncent une entrave à la liberté artistique, craignant que l’imaginaire soit désormais soumis à des filtres bureaucratiques et idéologiques.
Un visa pour créer : bureaucratie ou censure ?
Le décret impose désormais un visa préalable pour tout tournage, y compris les documentaires, les courts-métrages et les productions indépendantes. Ce visa, délivré par le ministère de la Culture, est conditionné à une série d’autorisations et de vérifications qui peuvent s’étendre sur plusieurs semaines.
« Ce n’est plus une démarche administrative, c’est une mise à l’épreuve idéologique », confie un réalisateur basé à Alger.
Les délais rallongés compromettent la réactivité des créateurs, notamment ceux qui travaillent sur des sujets d’actualité ou des coproductions internationales. Le risque ? Voir des projets avortés faute de timing, ou autocensurés pour éviter les blocages.
Contrôles renforcés : vers une normalisation des récits ?
Le décret prévoit également des contrôles plus stricts sur les scénarios, les lieux de tournage et les équipes mobilisées. Officiellement, il s’agit de garantir la sécurité et le respect des « valeurs nationales ». Mais dans les faits, cette mesure ouvre la voie à une forme de censure indirecte.
Les récits qui abordent des sujets sensibles — mémoire, justice, luttes sociales, histoire coloniale — pourraient être freinés ou réorientés. Le cinéma, espace de questionnement et de subversion, risque de devenir un outil de communication institutionnelle.
Une mobilisation en germe
Face à ce durcissement, plusieurs voix s’élèvent. Des cinéastes, des producteurs, des collectifs culturels dénoncent une atteinte à la liberté de création et appellent à une mobilisation nationale et internationale.
Des tribunes circulent sur les réseaux sociaux. Des festivals envisagent des actions symboliques et des partenaires étrangers expriment leur inquiétude quant à la coopération artistique.
Au-delà du décret : quel imaginaire pour l’Algérie ?
Ce texte interroge plus largement la place de l’art dans la société algérienne. Peut-on parler de mémoire sans entrave ? Imaginer sans autorisation ? Créer sans justification ? Le cinéma n’est pas un simple divertissement : il est un miroir, un cri, une archive vivante.
En verrouillant l’accès à ce miroir, le décret ne protège pas la culture — il la fige. Et ce gel, dans un pays où la jeunesse cherche à raconter son histoire, pourrait avoir des conséquences durables sur la vitalité artistique et démocratique.
Nadia B



Commentaires