Cyberharcèlement d'Imane Khelif : premier procès à Paris, premier renvoi
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Le tribunal correctionnel de Paris a ouvert puis renvoyé à 2027 l'affaire contre l'influenceur Papacito. L'audience n'a duré que quelques minutes, mais la championne algérienne entend faire de la justice son second ring.
La 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris a tenu ce jeudi une première audience dans l'affaire qui oppose la boxeuse algérienne Imane Khelif à l'influenceur d'extrême droite Papacito, de son vrai nom Ugo Gil-Jimenez. Le prévenu était présent avec son avocat, la plaignante absente. Aucun examen au fond n'a eu lieu : le dossier a été renvoyé au début de l'année 2027. L'audience n'a duré que quelques minutes, mais sa portée symbolique dépasse largement sa brièveté.
Papacito, qui réunit plus de 30 000 abonnés sur TikTok et 160 000 sur Instagram, comparaissait pour cyberharcèlement et injure discriminatoire à l'encontre de la boxeuse. Il lui est reproché d'avoir relayé des contenus sur ses réseaux sociaux ayant pu alimenter le harcèlement dont elle a été victime.
Ce n'est pas la première fois que cet internaute aux positions radicales se retrouve devant un magistrat. Son premier scandale remonte à juin 2021, quand il avait diffusé sur YouTube une vidéo simulant l'exécution d'un électeur de La France insoumise. En avril 2024, il avait été condamné pour des propos homophobes et pour avoir incité à la violence à l'égard d'un maire, ce qui avait entraîné la fermeture de sa chaîne.
La défense campe sur ses positions. Son avocat, Me Martial Groslambert, s'est indigné que son client soit mis en cause pour une “prétendue campagne de cyberharcèlement alors qu'il s'est strictement borné à exprimer son avis dans le cadre de la controverse relative à l'éligibilité d'Imane Khelif à concourir dans la catégorie féminine”. L'argument de la liberté d'opinion se heurte pourtant à une jurisprudence de plus en plus ferme sur la responsabilité des influenceurs dans l'amplification des campagnes de haine en ligne.
L'avocat d'Imane Khelif, Me Nabil Boudi, a été direct : “C'est important que la justice passe, et qu'elle rappelle que l'espace numérique n'est pas une zone de non-droit. Le cyberharcèlement peut avoir des répercussions dramatiques pour les victimes”. L'enquête avait été confiée à l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH), une unité spécialisée dont l'implication traduit la gravité avec laquelle le parquet de Paris a traité cette affaire dès l'origine.
Genèse d'une tempête mondiale
Pour comprendre l'ampleur du dossier, il faut revenir à l'été 2024. Quelques minutes après son premier combat contre l'Italienne Angela Carini lors des Jeux olympiques de Paris, Imane Khelif est submergée par des centaines de milliers de messages relayant de fausses informations sur son genre. Des figures comme Donald Trump ou la présidente du Conseil italien Georgia Meloni participent elles aussi à cette vague.
À l'origine de la polémique, son exclusion des championnats du monde à New Delhi en mars 2023, décidée par la Fédération internationale de boxe (IBA), non reconnue par le mouvement olympique, qui n'a jamais précisé la nature du test pratiqué. La championne avait répondu depuis le ring : “Je suis une femme forte avec des pouvoirs spéciaux. Je suis née femme, j'ai vécu en tant que femme et j'ai concouru en tant que femme”.
Premier domino d'une procédure plus vaste
L'audience de ce jeudi n'est que la première pièce d'un dispositif judiciaire plus ambitieux. La médaillée d'or avait déposé plainte à Paris le 12 août 2024, dénonçant une “campagne féroce” à son encontre. Cette plainte cible Papacito, mais une procédure parallèle, déposée contre “X”, vise les ramifications internationales de cette campagne de désinformation, impliquant notamment Elon Musk, J.K. Rowling et Donald Trump.
Les associations voient dans cette affaire un cas d'école. Selon Johanna Soraya Benamrouche, cofondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement, Imane Khelif est devenue “un symbole d'au moins trois luttes : contre les cyber-violences de genre, contre le cyberracisme et contre la remise en cause de la légitimité des sportives issues des pays du Sud”. Une étude citée dans le dossier révèle en effet que 82 % des victimes de cyberharcèlement sont des femmes ou des filles.
Sophie K.



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