Sept ans de réclusion pour l’activiste Saïd Chetouane, nouvelle illustration de la dérive répressive post‑Hirak
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Le tribunal criminel de Blida a condamné l’activiste du Hirak Mohamed Arezki Saïd Chetouane à sept ans de réclusion criminelle pour des accusations liées au « terrorisme ». Ce verdict, particulièrement sévère, s’inscrit dans une dynamique répressive qui s’est accentuée depuis l’extinction du mouvement populaire de 2019, où l’arsenal antiterroriste est de plus en plus utilisé pour sanctionner des formes d’expression ou de contestation pacifiques.
Le nom de Saïd Chetouane avait émergé en 2021, lorsqu’il avait dénoncé des violences sexuelles subies dans un commissariat d’Alger alors qu’il n’avait que 15 ans. Son témoignage, relayé massivement sur les réseaux sociaux, avait provoqué un choc national. Pourtant, cette affaire s’était retournée contre lui : le mineur avait été placé dans un centre de rééducation, tandis que plusieurs activistes ayant relayé son témoignage, dont le poète du Hirak Mohamed Tadjadit, avaient été arrêtés et condamnés. L’épisode avait laissé une trace durable dans l’opinion, mais aussi, semble‑t‑il, dans le traitement judiciaire réservé au jeune homme.
La nouvelle affaire trouve son origine dans une cagnotte lancée en 2021 par le YouTubeur en exil Amir Boukhers, dit Amir DZ, pour soutenir Saïd Chetouane alors qu’il était détenu. Selon l’accusation, le jeune homme aurait réclamé l’argent de cette collecte via l’application Messenger. Amir Boukhers l’aurait renvoyé vers un autre vidéaste basé au Canada, Imad Lakhdara, présenté comme détenteur des fonds. Ces échanges privés, retrouvés dans son téléphone après son arrestation le 4 octobre 2025 à la suite d’incidents survenus après un match de basketball à Blida, ont servi de base à des inculpations d’une extrême gravité.
Le tribunal lui reproche notamment d’être abonné aux comptes d’Amir DZ, d’Imad Lakhdara et de Mohamed Larbi Zitout, tous trois classés comme « terroristes » par les autorités algériennes depuis 2022, de posséder des vidéos jugées offensantes envers le président de la République, et d’avoir partagé la photo de l’activiste emprisonné Mohamed Tadjadit. Des éléments qui, dans la plupart des pays, relèveraient de la liberté d’expression ou de la vie numérique ordinaire, mais qui sont désormais interprétés en « Algérie nouvelle » comme des signes d’« appartenance » ou de « soutien » à des organisations hostiles au régime.
Les deux YouTubeurs cités dans l’affaire ont été condamnés par contumace à de lourdes peines pour les mêmes chefs d’inculpation, auxquels s’ajoute la « création d’une organisation terroriste ». L’ensemble du dossier repose essentiellement sur l’exploitation du téléphone de Saïd Chetouane et sur des interactions numériques, ce qui alimente les critiques récurrentes sur l’usage extensif et controversé de l’article 87 bis du code pénal, élargi en 2021 pour inclure des actes d’expression ou de mobilisation pacifique.
Depuis cette réforme, de nombreuses ONG internationales ont alerté sur la criminalisation croissante de la dissidence en Algérie. Des militants, journalistes, avocats et internautes ont été poursuivis pour des publications sur les réseaux sociaux, des abonnements à des comptes d’opposants ou des échanges privés interprétés comme des actes hostiles à l’État. L’affaire Chetouane apparaît ainsi comme un nouvel exemple d’un glissement du judiciaire vers un outil de neutralisation politique, où la qualification de « terrorisme » sert à dissuader toute forme de contestation.
Pour plusieurs observateurs, cette condamnation prolonge indirectement l’affaire de 2021, jamais apaisée. Le jeune homme, devenu adulte, reste associé à un épisode qui avait mis en cause les forces de sécurité et embarrassé les autorités. Le fait que la nouvelle procédure repose sur des éléments numériques mineurs, interprétés dans un cadre antiterroriste, renforce l’impression d’un traitement politique du dossier.
Dans un contexte marqué par la disparition des manifestations, la fermeture de médias indépendants et la multiplication des procès visant des figures du Hirak, le verdict rendu contre Saïd Chetouane envoie un signal clair : toute connexion, même virtuelle, avec des opposants en exil peut désormais être assimilée à une activité terroriste. Une évolution qui contribue à refermer davantage l’espace public algérien et à installer durablement une justice d’exception dans le traitement des affaires politiques.
Nadia B



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