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Diaspora : un chef d'entreprise algérien dénonce le chantage au passeport

  • il y a 7 heures
  • 3 min de lecture

Un formulaire d'une dizaine de lignes, traduit et certifié par un expert judiciaire français. C'est la preuve que Rafik Bouhllal a photographiée au consulat algérien de Marseille avant de refuser de signer. Dedans, une promesse exigée en échange d'un passeport : ne plus critiquer. Dehors, six ans d'exil, une condamnation par contumace, et une action en justice contre l'État algérien désormais en préparation.  


Rafik Bouhllal n'est pas un opposant politique. Il n'a jamais milité, jamais fondé de parti, jamais signé de pétition contre le régime. En 2015, il était précisément le profil que les autorités algériennes cherchaient à attirer : un entrepreneur de la diaspora, économiste de formation, porteur d'une technologie brevetée dans le domaine de la dépollution des moteurs, prêt à investir dans son pays d'origine dans le cadre du programme économique diaspora. Il a créé des emplois, développé des partenariats avec le Bureau international du travail et la Banque mondiale, enregistré ses propriétés intellectuelles simultanément à l'INAPI algérien et au niveau européen.  


Onze ans plus tard, il est sans passeport, condamné par contumace à quatre ans de prison ferme pour une publication Facebook, et s'apprête à porter plainte contre l'État algérien devant les instances internationales des droits de l'homme.  


Le tournant date de 2018-2019, sous la présidence Bouteflika, lors de ses interactions avec SP Naftal, filiale du groupe Sonatrach. Bouhllal affirme avoir refusé de céder à des pratiques de corruption et avoir vu sa technologie copiée dans la foulée. Une plainte déposée en Algérie disparaît des archives judiciaires en juillet 2020, quelques mois après l'arrivée au pouvoir de Tebboune. Il quitte l'Algérie en mai 2020 et n'y est pas retourné depuis.  


C'est à partir de cet exil contraint que commence la seconde phase, celle de la répression à distance. Ses interventions régulières dans des médias de la diaspora, où il cite des chiffres et des documents pour dénoncer ce qu'il décrit comme un effondrement économique organisé, lui valent une condamnation par contumace. En septembre 2021, deux agents se présentent à sa famille restée en Algérie pour faire pression sur lui. Son avocat au barreau d'Alger est menacé d'emprisonnement s'il communique publiquement sur le dossier. À Marseille, où il s'est réinstallé, il est pris en filature par un agent consulaire algérien, fait pour lequel il a déposé une main courante auprès de la police française.  


Ne pas réitérer les actes qui ont fait l'objet de poursuites  

Il y a trois semaines, Bouhllal se présente au consulat algérien de Marseille pour le renouvellement du passeport de son fils. Le chef de service le convoque et lui soumet un document. Traduit du formulaire arabe original, certifié le 8 juin 2026 par un expert judiciaire assermenté près la cour d'appel de Limoges, ce texte demande au signataire de s'engager à « ne pas réitérer les actes qui ont fait l'objet de poursuites ou de procédures » à son encontre. Aucun acte n'est nommé. En contrepartie implicite, la délivrance du passeport.  


Rafik Bouhllal photographie le document et refuse de signer. Pour son fils, le passeport est accordé. Pour son épouse, la carte consulaire est délivrée. Pour lui, rien. La gradation est son propre message.  


Ce formulaire n'est pas une pièce isolée. L'association SHOAA (basée à Londres), aurait publié, selon Bouhllal, des versions vierges identiques accompagnées de témoignages similaires en provenance d'autres membres de la diaspora.


C'est au micro de Radio des Sans Voix que Bouhllal a choisi de rendre publique cette séquence. Il y nomme le ministre de l'Énergie Mohammed Arkab, qu'il accuse directement et qui, selon lui, est toujours en poste. Il décrit un système judiciaire dans lequel le dossier d'une victime disparaît pendant que les mis en cause restent en fonction. Son avocat parisien, maître Nadel Williams, prépare une action contre l'État algérien devant les juridictions internationales, adossée à la condamnation par contumace, au dossier consulaire et aux preuves de harcèlement rassemblées depuis six ans auprès de commissaires de justice. Bouhllal chiffre ses pertes économiques sur cette période à environ vingt millions d'euros.  


Le profil du lanceur d'alerte qu'il incarne aujourd'hui n'était pas celui qu'il avait choisi en rentrant en Algérie en 2015. Il voulait investir dans son pays. Son pays en a fait un justiciable en exil, privé de titre de voyage, dont la seule voie de recours passe désormais par des tribunaux étrangers.  


Ecoutez son témoignage :



La Rédaction  


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