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Djebilet Gara, Baladna, Tala Hamza : les grands chantiers algériens en quête de fil conducteur

  • il y a 3 minutes
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Mine de fer de Gara Djebilet, gisement de zinc de Tala Hamza, ferme laitière géante Baladna, phosphate de Bled El Hadba. Le climatologue Sidi Menad Si Ahmed, expert des Nations unies pour le climat et l'ozone, a détaillé sur la chaîne Alterna TV les raisons de son scepticisme sur des chantiers présentés comme les leviers de l'après-pétrole.


L'Algérie a inauguré ces dernières années une série de projets d'envergure. Le gisement de fer de Gara Djebilet, près de Tindouf, a été mis en exploitation en présence du président de la République et du premier ministre. Une ligne de chemin de fer relie désormais la mine à Béchar. Le gouvernement a signé avec le groupe qatari Baladna un accord pour une ferme laitière de 270 000 vaches dans la région d'Adrar. Une joint-venture avec l'australien Terramin doit exploiter le zinc et le plomb de Tala Hamza, près de Béjaïa. Une ligne ferroviaire en achèvement doit acheminer le phosphate de Bled El Hadba, dans la région de Tébessa, vers le port d'Annaba.


Invité d'un débat sur Altern TV, chaîne algérienne émettant depuis le Canada, Sidi Menad Si Ahmed conteste la cohérence de l'ensemble. Sa critique porte d'abord sur l'absence de planification. « Est-ce qu'il y a une réflexion sur les cinq à dix années à venir ? Est-ce que ça va apporter une harmonie dans ce que l'on prévoit pour le développement économique du pays ? », demande-t-il, avant de répondre par la négative. L'expert, ancien directeur à l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), où il a dirigé la branche du Protocole de Montréal, et membre dans les années 1980 du Comité national pour l'environnement, estime que le pays « nage dans les effets d'annonce, les grands projets, les grandes inaugurations ».


Son co-débatteur, analyste et ancien éleveur bovin, formule le même reproche en termes économiques. Les chemins de fer et les ports relèvent selon lui de la logistique, non de la stratégie industrielle. Le produit final de Gara Djebilet devrait être l'acier, pas le minerai. « Exporter un produit brut, c'est exporter l'emploi qui va avec », résume-t-il.


Sur Gara Djebilet, les objections de Si Ahmed sont d'ordre technique. Le minerai contient 0,8 % de phosphore, un taux qui le rend impropre à la sidérurgie sans traitement. Aucun procédé de déphosphoration n'a été validé à l'échelle industrielle. « Elle existe à l'échelle du laboratoire, ça marche. Mais à l'échelle industrielle, ça n'a pas encore été prouvé », indique-t-il, en se référant aux travaux du professeur Hammou à Boumerdès. La solution retenue par le gouvernement consiste à mélanger le minerai algérien à du fer importé. Il en conteste le ratio. « Pour pratiquement 980 tonnes de fer propre, on va mettre 20 à 50 tonnes de fer de Gara Djebilet pour obtenir un minerai acceptable pour l'aciérie de Tosyali, à Oran. Vous vous rendez compte de l'aberration économique ? » Il ajoute une observation plus simple. « Lorsqu'on regarde sur Google Earth, et n'importe qui peut le faire, on ne voit pas vraiment d'activité sur le site de Gara Djebilet. » Son co-débatteur note pour sa part que la ligne Alger-Bougezoul, inaugurée il y a plus de deux ans, n'a ouvert aucune de ses gares de marchandises au trafic.


Le dossier de Tala Hamza appelle des questions d'une autre nature, celles du choix du partenaire. Terramin n'est pas une major minière. Sa trésorerie s'élevait, selon les documents de la compagnie, à environ 100 000 dollars australiens, soit quelque 70 000 dollars américains. Son seul autre projet, une mine d'or en Australie-Méridionale, a été suspendu par les autorités locales faute de garanties environnementales. « Comment se fait-il qu'on aille vers une compagnie pratiquement inconnue, proche d'un dépôt de bilan ? », interroge Si Ahmed. Le financement l'intrigue également. « Terramin ne met pas un dollar, pas un seul dollar. Il compte sur le prêt que va attribuer la banque algérienne à la joint-venture. » Les retombées attendues pour l'Algérie, entre 250 et 300 millions de dollars par an sur une exploitation estimée à vingt ans, lui paraissent sans commune mesure avec les dégâts environnementaux. « Est-ce que ça vaut le coup de détruire tout un environnement à Tala Hamza pour 3 milliards de dollars sur vingt ans ? » L'étude d'impact fournie tient selon lui en deux pages de conclusions rassurantes, « qui n'est même pas une notice d'étude d'impact ». Il évoque un « harcèlement judiciaire » exercé par la wilaya sur les habitants de Tala Hamza et d'Aït Bouzid qui refusent l'expropriation. Le concentré de zinc sera acheminé vers Ghazaouet, où une unité d'électrolyse produira des lingots destinés à l'exportation vers des fonderies européennes. Le site souffrait déjà, dans le passé, d'une pollution aux boues rouges de zinc que l'expert dit avoir constatée sur place.


Baladna représente l'investissement le plus lourd, 3,5 milliards de dollars annoncés pour 117 000 hectares. Le groupe qatari, propriété des frères Al Khayyat, entrepreneurs d'origine syrienne, a bâti sa ferme au Qatar après le blocus imposé au pays en 2017. Elle compte de l'ordre de 20 000 à 24 000 vaches. Le projet algérien en prévoit plus de dix fois plus, dans un environnement où les températures vont de 50 degrés l'été à moins 5 l'hiver. Si Ahmed parle d'une « triple aberration, économique, écologique et sociologique ». Il pointe les prélèvements sur la nappe albienne, tant pour les cultures fourragères que pour le refroidissement des installations, ainsi que la contamination de cette nappe par les intrants agricoles. Il rappelle le précédent saoudien. Le royaume, qui revendiquait son autosuffisance céréalière à la fin des années 1970, a abandonné la production de blé après avoir stérilisé une partie de ses terres. « Les terres sahariennes ont un indice de rentabilité élevé pendant cinq à dix ans. Mais après, il y a la remontée des sels. Et lorsque ces sels auront remonté jusqu'à la surface, ça va stériliser complètement le sol. » Le risque sanitaire s'ajoute au reste. « Une seule bactérie, un seul virus peut décimer tout le cheptel. » Le montage financier, enfin, reste opaque à ses yeux. La part de Baladna au capital n'a pas été rendue publique et le financement reposerait sur des prêts de banques algériennes. « On nous dit que 50 % de ce que va produire Baladna va couvrir les besoins de l'Algérie. Les mauvaises langues disent que s'il y a production de lait en poudre, c'est pour fournir encore une fois le Qatar et les pays du Golfe. »


Son contradicteur, qui a exploité une ferme d'environ 300 vaches, défend un modèle inverse, un millier de fermes de cinquante têtes réparties sur le territoire. Il fait valoir que la plus grande ferme laitière d'Europe, près de Madrid, ne dépasse pas 4 000 vaches, et que le saoudien Almarai, lancé en 1973, a dispersé ses 150 000 têtes à travers le royaume plutôt que de les concentrer. Il plaide pour le développement des races locales, la guelmoise en particulier, proche de la brune des Alpes, plus résistante à la chaleur que les Prim'Holstein importées.


Sur le phosphate de Bled El Hadba, Si Ahmed rappelle que le complexe d'engrais phosphatés d'Annaba, dont il avait supervisé dans les années 1980 une étude d'impact confiée au bureau britannique WS Atkins, n'a pas la capacité d'absorber la production annoncée. La ligne ferroviaire en cours d'achèvement mène au port, « pour l'exportation, tout simplement ». Il tient le même raisonnement sur les stations de dessalement, dont il approuve le principe mais juge les volumes insuffisants face au stress hydrique, en affirmant que deux ou trois seraient déjà à l'arrêt. Quant au gaz de schiste du bassin de l'Ahnet, près d'Adrar, dont l'exploitation est envisagée avec des compagnies étrangères, il le qualifie de « criminel » tant qu'aucune évaluation précise n'a été rendue publique.


L'expert demande que la communauté scientifique algérienne se saisisse de ces dossiers, y compris la haute institution des sciences récemment créée, pour les examiner « de fond en comble » plutôt que d'en « faire l'apologie » sur les chaînes publiques. Il reconnaît le coût de l'exercice. « Il est vrai qu'on ne permet pas du tout la critique concernant ces projets. Il y a des gens qui risquent même d'être traînés en justice. »


La nouvelle loi minière autorise les partenaires étrangers à dépasser le plafond de 49 % de participation. Terramin, selon ses propres documents, espère porter la sienne à 80 % sur Tala Hamza.


Khaled ROUABAH


 
 
 

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