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Feux de forêts : répression judiciaire, propagande médiatique et gestion sécuritaire d’une crise nationale

23 juil.
3 min de lecture

Les feux de forêts qui ravagent le nord‑est de l’Algérie ont déclenché une double réponse du pouvoir : une judiciarisation extrême des incendies et un resserrement brutal du contrôle de l’information. Le parquet antiterroriste de Sidi M’hamed, à Alger, a annoncé la mise en détention provisoire de quatre hommes dans trois affaires distinctes d’incendies volontaires à Constantine. Les suspects — S.B.F, A.F, F.L et S.B.Kh — sont poursuivis pour « actes subversifs visant à mettre en danger la vie des personnes, leur sécurité et leurs biens », un crime prévu par les articles 87 bis et 87 bis 1 du code pénal, passible de la peine de mort. Ils sont également poursuivis pour incendie volontaire du patrimoine forestier de l’État, réprimé par l’article 138 de la loi sur les forêts. Les enquêteurs affirment disposer d’enregistrements vidéo montrant certains mis en cause en train d’allumer les feux, sans que ces images aient été rendues publiques. Dans l’un des dossiers, l’incendie provoqué lors du brûlage de câbles de cuivre aurait détruit deux hectares de forêt le long de l’autoroute Constantine–Annaba.


Ces poursuites surviennent alors que le pays traverse un épisode d’une intensité exceptionnelle : 131 départs de feu recensés en une seule journée, dont 82 encore actifs, six morts selon le bilan officiel, et 932 incendies enregistrés entre le 8 et le 15 juillet, soit une moyenne de 116 par jour, dans une vague de chaleur où les températures ont frôlé les 50 °C. Face à cette situation, les autorités ont choisi de traiter les incendies non seulement comme une catastrophe écologique, mais comme une menace sécuritaire, mobilisant le pôle antiterroriste et les dispositions les plus lourdes du code pénal.


Parallèlement à cette réponse judiciaire, le pouvoir a imposé une restriction drastique de l’information. Les médias audiovisuels ont reçu l’ordre de ne plus diffuser d’images des incendies pour « ne pas créer la panique ». En pratique, les chaînes d’information se contentent de relayer les déplacements de ministres, les communiqués officiels et les activités présidentielles, tandis que les images des feux sont remplacées par des plans lointains, des fumées indistinctes ou des photographies sans localisation. Cette stratégie vise à éviter que la population ne mesure l’ampleur réelle des dégâts et ne réagisse face à l’insuffisance des secours dans certaines zones, aggravée par les coupures d’eau et d’électricité liées à la canicule.


Le gouvernement a également adopté une mesure destinée à « prémunir le pays contre les fausses informations », permettant désormais de poursuivre les citoyens qui diffusent des images ou vidéos d’incendies en dehors des canaux officiels. Cette criminalisation de la documentation citoyenne sert à verrouiller le récit national, à prévenir toute mobilisation spontanée et à éviter un débat public sur les causes structurelles de la propagation des feux : manque de moyens, absence de stratégie de prévention, urbanisation anarchique, vulnérabilité climatique.


Ainsi, la crise écologique se transforme en crise politique. Le recours aux articles antiterroristes, la censure des images, la menace de poursuites contre les citoyens et la communication centrée sur les déplacements ministériels dessinent un paysage où l’État cherche moins à affronter la catastrophe qu’à contrôler la perception de la catastrophe. Les incendies deviennent un révélateur de la relation entre le pouvoir, les médias et la société : une relation marquée par la méfiance, la centralisation du récit et la criminalisation de la parole publique.


Amine B et Essaid Wakli

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