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Droits syndicaux : l'Algérie inscrite sur la liste des mauvais élèves de l'Organisation international du Travail

  • il y a 5 minutes
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Le 6 avril 2026, l'Union arabe des syndicats a placé l'Algérie sur sa « liste longue » des États violant les conventions internationales du travail. Aucun syndicat indépendant algérien n'était présent dans la salle.  


Quand l'Union arabe des syndicats s'est réunie le 6 avril pour dresser son bilan régional des violations des libertés syndicales, les organisations indépendantes algériennes, celles précisément visées par les pratiques documentées dans le rapport, n'avaient pas été conviées. C'est en leur absence que le nom de l'Algérie a été inscrit sur la « liste longue » des États les plus défaillants au regard des conventions internationales du travail.  


Ce classement ne sort pas de nulle part. Il s'appuie directement sur les observations formulées en 2025 par la Commission d'experts de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui a relevé des violations graves de la Convention n° 98 relative au droit d'organisation et de négociation collective. La Commission a également adressé une demande directe au gouvernement algérien sur l'application de l'article 87 bis du code pénal, disposition régulièrement utilisée pour poursuivre des défenseurs des droits sous des chefs d'accusation liés au terrorisme.  


« La liste longue » et la liste courte  


Être inscrit sur la « liste longue » ne garantit pas d'y rester. La « liste courte », qui détermine les États qui comparaîtront devant la Commission de l'application des normes lors de la Conférence internationale du travail de juin prochain, n'est pas encore arrêtée. Et la Confédération syndicale des forces productives (COSYFOP), principale organisation indépendante algérienne à l'origine d'une grande partie des signalements transmis aux mécanismes de contrôle de l'OIT, ne pousse pas activement, à ce stade, à l'inscription de l'Algérie sur cette liste courte.  


Ce retrait apparent s'explique moins par un renoncement aux revendications que par une lecture froide de l'expérience de 2024. Cette année-là, selon des sources de la COSYFOP, l'absence de coordination entre les représentants des travailleurs auprès de l'OIT et les syndicats indépendants algériens avait abouti à vider les mécanismes de contrôle de leur substance. Le gouvernement algérien avait bénéficié d'une marge de manœuvre inédite, et la répression contre les structures syndicales indépendantes s'était, paradoxalement, intensifiée dans l'intervalle.  


Réorientation stratégique  


Face à ces limites, les syndicats indépendants algériens travaillent à reconfigurer leurs alliances internationales. Deux fédérations sectorielles occupent désormais une place centrale dans cette stratégie : l'Internationale des services publics et l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie et de la restauration, présentées comme des partenaires apportant un soutien concret et continu.  


En parallèle, des partenariats sont en cours de développement avec Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi qu'avec les rapporteurs spéciaux des Nations unies et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme. Ce repositionnement traduit une évolution de fond : les syndicats indépendants algériens ne se définissent plus seulement comme des acteurs du champ social et professionnel, mais comme des défenseurs des libertés fondamentales, ce qui les expose à un niveau de répression plus élevé et leur ouvre, dans le même temps, d'autres canaux de recours internationaux.  


« L'année prochaine sera décisive »  


Le président de la COSYFOP a résumé l'orientation choisie en ces termes : « L'année prochaine sera décisive. Nous travaillons à élargir nos partenariats avec différentes fédérations syndicales internationales, en parallèle avec le renforcement de notre coopération avec les organisations de défense des droits, afin de faire avancer le dossier des libertés syndicales en Algérie sur l'agenda international. »  


La liste courte de juin reste l'horizon à court terme. Mais l'enjeu réel, pour les syndicats indépendants algériens, est de s'assurer que les mécanismes de contrôle de l'OIT ne soient pas, une nouvelle fois, neutralisés avant même d'avoir produit leurs effets.  


Amine B  

 
 
 
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