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Hirak : sept ans après, une mémoire vive et un bilan contrasté

  • il y a 41 minutes
  • 3 min de lecture

Sept ans après le soulèvement du 22 février 2019, le Hirak demeure un moment fondateur de l’histoire politique contemporaine de l’Algérie. Mais son héritage est complexe, parfois contradictoire, et ne peut être réduit ni à une victoire, ni à un échec, ni à une simple parenthèse. Le Hirak a profondément transformé la société algérienne, sans parvenir à transformer l’État.


Sept ans après le 22 février 2019, l’Algérie se souvient d’un mouvement qui a bouleversé son histoire récente. Le Hirak n’a pas seulement rempli les rues : il a réveillé une société longtemps tenue à distance de la vie politique. Pourtant, malgré l’ampleur de cette mobilisation inédite, le pays se retrouve aujourd’hui face à un paradoxe. La société a changé en profondeur, mais le système, lui, est resté largement intact. Entre espoirs déçus, acquis durables et contradictions internes, l’héritage du Hirak demeure vivant, mais toujours inachevé.


Un anniversaire marqué par l’amertume


Le pays commémore aujourd’hui un mouvement qui avait ravivé l’espoir collectif. Pourtant, le climat actuel contraste fortement avec l’élan de 2019. L’espace public s’est refermé, la parole s’est restreinte, et certains acteurs qui se présentaient comme des opposants ont fini par trahir l’esprit du Hirak. Beaucoup ont utilisé la mobilisation populaire comme tremplin personnel, cherchant davantage à régler leurs comptes ou à se construire une image qu’à défendre les aspirations citoyennes.


Une révolution psychologique avant tout


Le Hirak a d’abord brisé un mythe : celui d’une société résignée et incapable de se mobiliser. Le 22 février 2019 a révélé :

• une maturité politique inattendue,

• une capacité d’organisation sans leadership centralisé,

• un rejet massif du 5ᵉ mandat et du système qui l’avait rendu possible,

• une volonté populaire de reprendre la parole.


Cette rupture symbolique reste l’un des acquis les plus solides du mouvement.


La reprise en main du pouvoir et la fermeture de l’espace public


À partir de 2020, le rapport de force s’est inversé. Le pouvoir a repris l’initiative en imposant :

• l’interdiction des marches,

• l’arrestation de militants, journalistes et citoyens,

• des procès à caractère politique,

• des lois restreignant l’expression et l’association.


Le discours officiel de « l’Algérie nouvelle » s’est accompagné d’un durcissement sécuritaire qui a empêché toute résurgence du Hirak dans la rue.


Une opposition éclatée et traversée de contradictions


L’opposition issue ou inspirée du Hirak n’a pas réussi à se structurer. Plusieurs dynamiques coexistent :

• des militants sincères, qui continuent de défendre les libertés malgré les risques,

• des partis traditionnels affaiblis et divisés,

• des figures médiatiques davantage préoccupées par leur visibilité que par un projet collectif,

• des courants idéologiques incompatibles, incapables de s’accorder sur une feuille de route commune.


Cette fragmentation n’explique pas à elle seule l’essoufflement du Hirak, mais elle a limité sa capacité à devenir une alternative politique crédible.


Une société civile durablement transformée


Même si les marches ont cessé, la société algérienne n’est plus la même. Le Hirak a laissé des traces profondes :


• une conscience politique élargie,

• une exigence accrue de transparence,

• une intolérance croissante envers la corruption,

• une nouvelle génération politisée,

• une diaspora plus mobilisée et influente.


Le mouvement a créé un socle culturel et politique qui continue de structurer les débats publics. Un pouvoir qui change en surface, mais pas en profondeur


Le régime a renouvelé ses discours, ses visages et ses priorités affichées. Mais les mécanismes fondamentaux — centralisation, contrôle sécuritaire, absence de contre-pouvoirs — demeurent largement inchangés. Malgré les annonces de réformes, la société observe surtout :


• la continuité des pratiques,

• la persistance des blocages institutionnels,

• l’absence d’ouverture politique réelle.


Un héritage encore en construction


Le Hirak n’est pas un événement clos. C’est un processus dont les effets se prolongent :

• dans les mentalités,

• dans les attentes citoyennes,

• dans les tensions entre société et pouvoir,

• dans la conviction que le statu quo n’est pas viable à long terme.


Le Hirak n’a pas disparu : il s’est déplacé. Il vit désormais dans les esprits, dans les frustrations, dans les aspirations, et dans l’idée largement partagée que le pays ne pourra pas éternellement fonctionner comme avant.


Un mouvement qui a changé le pays, mais pas l’État


Sept ans après, le constat est clair : le Hirak a profondément transformé la société algérienne, mais il n’a pas transformé le système politique. Il a ouvert une brèche, mais celle-ci a été refermée par la force. Il a libéré la parole, mais cette parole reste surveillée. Il a créé une conscience collective, mais pas encore une alternative politique.


Le Hirak a échoué à provoquer une transition politique, mais il a réussi à provoquer une transition sociale. Et cette transformation, même silencieuse, continue de peser sur l’avenir du pays.


Nadia B

 
 
 
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