Karim Djidjeli réintégré : une victoire rare dans un climat de répression persistante
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La nouvelle a circulé comme une bouffée d’air dans un climat politique saturé de tensions : après plus de deux années de combat judiciaire et plus d’une année de suspension jugée injuste par ses soutiens, Karim Djidjeli a enfin été rétabli dans ses droits et réintégré à son poste à l’APC d’Aokas dans la wilaya de Bejaïa. Mais cette victoire n’efface pas l’autre réalité : Karim demeure sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN) illégale depuis plus de trois ans, une mesure devenue emblématique des dérives actuelles.
Cette décision, arrachée au terme d’un bras de fer éprouvant, dépasse largement son cas personnel. Elle s’inscrit dans une Algérie où les sanctions administratives, les mises à pied arbitraires et les poursuites judiciaires sont devenues des instruments de contrôle social visant syndicalistes, militants associatifs et simples citoyens engagés depuis l’élan populaire du Hirak. Dans ce paysage marqué par le recul des libertés publiques, la réintégration de Karim apparaît comme une lueur d’espoir, la preuve que la mobilisation collective peut encore fissurer les logiques de répression.
Rien n’a été offert : c’est la ténacité du syndicat Snapap, la solidarité constante de ses collègues travailleurs et travailleuses de l’APC d’Aokas, l’engagement de ses avocats et le soutien de toutes celles et ceux qui ont refusé de laisser l’injustice s’installer qui ont permis ce dénouement. Pendant des mois, rassemblements, communiqués, interpellations publiques et démarches juridiques se sont succédé pour dénoncer une suspension perçue comme punitive et infondée. Dans un pays où la contestation syndicale est souvent assimilée à une menace, cette mobilisation locale a rappelé que la solidarité reste l’un des derniers remparts contre l’arbitraire administratif.
Le cas de Karim Djidjeli n’est pourtant pas isolé. Depuis 2019, de nombreux militants ont été suspendus, mutés, intimidés ou poursuivis pour des motifs souvent flous, parfois liés à de simples publications sur les réseaux sociaux ou à leur participation à des actions pacifiques. Des enseignants, des fonctionnaires, des journalistes, des élus locaux ont vu leur carrière brisée ou entravée pour avoir exprimé une opinion ou soutenu une revendication sociale. Cette précarisation organisée du militantisme vise à décourager toute forme d’engagement autonome, en instillant la peur de perdre son emploi, son revenu ou sa liberté. Dans ce contexte, chaque victoire juridique, chaque réintégration, chaque décision qui rétablit un droit fondamental prend une dimension politique majeure.
À Aokas, la décision de réintégrer Karim est aussi un message adressé aux responsables locaux. Au président de l’APC et à son assemblée, nombreux sont ceux qui rappellent aujourd’hui que l’administration ne peut être un instrument de représailles politiques ou personnelles. La fonction publique repose sur des règles, pas sur des humeurs. Et si cette affaire a mis en lumière des dérives, elle rappelle également que les institutions locales peuvent — lorsqu’elles y sont contraintes — revenir au respect du droit.
Dans une Algérie où l’espace civique se rétrécit, où les procès pour « atteinte à l’ordre public » ou « diffusion de fausses informations » se multiplient, la réintégration de Karim Djidjeli agit comme un rappel : la résignation n’est pas une fatalité. La mobilisation, même modeste, même locale, peut encore produire des résultats tangibles. Et pour les nombreux militants qui vivent aujourd’hui sous la menace de sanctions professionnelles ou judiciaires, cette victoire constitue un signal : le combat pour les droits n’est jamais vain tant qu’il est porté collectivement.
Nadia B



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