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À l’ONU, les déclarations officielles contestées par les défenseurs des droits humains

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Dans une allocution prononcée mercredi 17 juin devant le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le représentant permanent de l’Algérie à Genève a assuré que son pays respectait pleinement les droits humains. Usant de la langue de bois désormais routinière au sein du pouvoir, le diplomate a même réaffirmé « l’engagement constant » d’Alger en faveur de la protection et de la promotion des libertés fondamentales.


Un discours convenu, mécanique, qui répète mot pour mot la ligne officielle martelée depuis des années. Une ligne qui, pourtant, ne résiste pas à l’examen des faits. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune, la situation des droits humains en Algérie ne cesse de se détériorer, en particulier en ce qui concerne les libertés publiques, la justice indépendante et l’espace civique.


Cette dissonance entre le discours diplomatique et la réalité du terrain a été immédiatement relevée par l’opposant Karim Tabbou. Dans plusieurs interventions médiatiques, il a rappelé qu’il est lui-même placé sous contrôle judiciaire depuis quatre ans, en violation flagrante du droit algérien et des normes internationales. Il n’est pas un cas isolé : des figures politiques comme Fethi Ghares ou Mohcine Belabbas, mais aussi des citoyens anonymes, subissent le même harcèlement judiciaire. Certains sont emprisonnés pour de simples publications sur les réseaux sociaux, poursuivis sous des accusations disproportionnées, souvent liées à la loi antiterroriste amendée en 2021, devenue un outil de répression politique.


La presse, elle, évolue sous une pression constante. Les médias indépendants sont étranglés par les poursuites, les fermetures administratives ou la privation de publicité publique. Plusieurs journalistes — dont Mustapha Bendjama, Ihsane El Kadi ou Abdelwahab Benmansour — ont été arrêtés ou condamnés ces dernières années, souvent pour des motifs flous liés à la « sécurité nationale ». Dans ce climat, produire un reportage critique relève de l’impossible.


Mais l’illustration la plus frappante du rétrécissement des libertés reste la disparition quasi totale des organisations autonomes de défense des droits humains. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), l’une des plus anciennes du pays, a été dissoute par la justice. Les locaux de SOS Disparus et du Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie (CFDA) ont été fermés, leurs membres intimidés, certains poussés à l’exil. Toute activité de documentation des violations est désormais assimilée à une entreprise subversive. Pendant ce temps, le Conseil national des droits de l’homme, rattaché à la Présidence, se contente de rapports théoriques centrés sur les droits sociaux, évitant soigneusement les sujets sensibles : détentions arbitraires, torture, procès inéquitables, restrictions à la liberté d’association.


Les mécanismes onusiens eux-mêmes ont tiré la sonnette d’alarme. Plusieurs experts indépendants ont dénoncé, ces derniers mois, la multiplication des détentions au secret, les intimidations contre les familles de disparus, l’usage abusif de la législation antiterroriste et l’absence de garanties judiciaires. Le Comité des droits de l’homme a également pointé l’absence d’enquêtes sérieuses sur les allégations de torture et de mauvais traitements.


Face à cette réalité documentée, la communauté internationale demeure étonnamment silencieuse. Les considérations géopolitiques, les partenariats énergétiques et la coopération sécuritaire semblent l’emporter sur la défense des libertés fondamentales. Les Algériens, eux, continuent de payer le prix d’un système qui criminalise la dissidence et étouffe toute expression autonome.


Essaïd Wakli et Yacine M



 
 
 
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