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À défaut de projet pour le pays, le pouvoir multiplie la création d’organismes fantoches

  • il y a 11 heures
  • 3 min de lecture

Dans une dépêche non sourcée publiée vendredi 19 juin, l’agence officielle APS (Algérie presse service) annonce la création prochaine d’un Haut Conseil regroupant les scientifiques et les chercheurs algériens et l'Agence nationale d’archéologie. Les deux organismes seront rattachés à la présidence de la République, ajoute la même source.


Le Haut Conseil des scientifiques sera composé de « sommités algériennes connues à travers le monde, mettant notamment à contribution les riches compétences et expertises de la communauté nationale établie à l'étranger, qui affiche durant les dernières années une pleine implication dans l'essor socio-économique de la nation ». Quant à l’agence nationale d’archéologie, sa création « traduit le grand intérêt accordé au patrimoine national et à la nécessité de sa sauvegarde, sa protection et sa mise en valeur, alors que l’Algérie possède un patrimoine très riche marqué par une profondeur et une diversité civilisationnelle exceptionnelles. »


Ceci est la propagande officielle. Mais dans les faits, cette annonce, intervenue en pleine paresse estivale que même la campagne électorale pour les Législatives du 02 juillet n’arrive pas à éloigner, pose de vraies questions sur le fonctionnement des institutions en Algérie. Inutile de chercher loin pour se rendre compte que le pays est doté, théoriquement du moins, d’une Académie des Sciences et des technologies, créée du temps de Abdelaziz Bouteflika. Cette instance, au nom très prestigieux, était censée justement regrouper les grandes compétences scientifiques du pays. Mais plus de 11 ans après sa création, ses missions se limitent à l’organisation de quelques colloques et des rencontres scientifiques. Pourtant, dans ses missions, il est indiqué que l’académie, censée abriter les scientifiques les plus brillants du pays, est chargée de fournir des conseils scientifiques aux organismes publics et privés, de « contribuer à la dynamique du progrès des sciences et des technologies et de promouvoir leurs enseignements et leurs applications » et de vulgariser la culture scientifique. Son Président, Mohamed Hichem Kara, est docteur d’Etat en Océanographie. Au ministère de la Culture, il existe un Centre national de recherche en archéologie (CNRA) dont la mission est notamment de conduire les fouilles archéologiques et de préserver les sites historiques du pays. A cela s’ajoutent de très nombreux instituts d’archéologie existants dans de différentes régions du pays.


Ce qui est évident, c’est que comme dans d’autres secteurs d’activités, ces deux organismes sont ligotés dans leur fonctionnement par le manque flagrant de moyens financiers. A titre d’exemple, le CNRA ne mène presque plus de fouilles archéologiques dans le pays et les instituts universitaires dont c’est la mission se limitent à donner des cours théoriques à leurs étudiants !


Dans ces conditions, à quoi serviraient d’autres organismes qui n’auront pas d’autres impacts sur la vie de la nation si ce n’est pour faire un nouvel attelage institutionnel en multipliant la création de sigles et d’organismes en vue de couvrir le vide politique et l’absence de perspectives du régime en place dans le pays ? Cette absence de cap est d’ailleurs très visible depuis quelques années. Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune a même avoué ne pas disposer de projet pour le pays. A la place, il consacre l’essentiel de son temps et de ses activités autour de la mercuriale et de la disponibilité des produits alimentaires. La préservation des Réserves de changes est même sa seule boussole, en l’absence d’une stratégie politique. En attendant, meubler par des annonces aussi spectaculaires que creuses est le chemin le plus court pour amuser la galerie.


Essaïd Wakli

 
 
 

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