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Législatives 2026 : la leçon d'économie de Monder Bouden à 0,29 euro

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Un secrétaire général de parti sort une baguette de pain pour expliquer l'économie. Le fait mérite d'être noté, non pour son incongruité, mais pour ce qu'il révèle sur l'état du débat public à quelques semaines d'élections législatives.


Monder Bouden, à la tête du Rassemblement national démocratique (RND), a cru trancher une controverse en comparant le pouvoir d'achat algérien et français à l'aune d'un produit de boulangerie. Face à ceux qui agitaient le différentiel nominal entre 3 000 dinars et 50 euros, il a sorti sa propre arithmétique : combien de baguettes ici, combien là-bas. Raisonnement populaire, applaudissements garantis. Erreur méthodologique assurée.


Le problème n'est pas tant que Bouden ait voulu répondre. C'est qu'il a répondu faux, avec assurance, devant une audience à qui il présente des candidats censés légiférer sur des matières autrement plus complexes qu'un prix de pain.


Comparer deux pouvoirs d'achat ne se fait pas avec un seul produit choisi à la convenance de l'orateur. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont depuis longtemps normalisé un instrument pour cela : le produit intérieur brut en parité de pouvoir d'achat, exprimé dans une unité commune. La méthode répond à une question précise : qu'est-ce qu'un dollar permet d'acheter en Algérie, et qu'est-ce qu'un dollar permet d'acheter en France ? Les chiffres disponibles parlent d'eux-mêmes. Le PIB par habitant en PPA s'établit à 66 276 dollars pour la France, contre 18 666 pour l'Algérie. Un rapport de un à trois et demi, qui rend toute comparaison baguette-contre-baguette non seulement simpliste mais techniquement inexacte.


La baguette elle-même ne résiste pas à l'examen. Celle à un euro que  Bouden mobilise comme référence française existe aussi à Alger, dans certaines boulangeries des hauteurs de la capitale, entre 100 et 150 dinars. La comparaison pertinente supposerait de prendre la baguette de grande surface, chez Aldi à 0,29 euro. L'argument s'effondre avant même d'avoir été posé.


Mais la question de la rigueur n'est que la surface du problème. Ce qui interroge davantage, c'est que ni Monder Bouden ni aucun de ses candidats à la députation n'ait songé à corriger la trajectoire avant la sortie publique. Un secrétaire général qui a besoin d'une formation sur la parité de pouvoir d'achat, c'est une chose. Un état-major entier qui valide sans sourciller une comparaison rejetée par les institutions économiques internationales, c'en est une autre.


L'indice de développement humain ajoute un étage supplémentaire à l'argument. La France se situe à 0,930 sur une échelle de un, l'Algérie à 0,760. Deux pays aux structures sociales, aux niveaux de revenu et aux coûts de services publics profondément différents ne se comparent pas avec un même panier de baguettes. Ceux qui l'ont dénoncé en brandissant le taux de change nominal, un euro pour 280 dinars, ont commis exactement la même erreur que l'homme qu'ils croyaient contredire.


Le débat algérien sur le niveau de vie mérite mieux que cette surenchère symétrique. Pas pour une raison de prestige ou d'image. Parce que des élus appelés à voter des lois de finances, à contrôler un budget national, à peser sur des choix de politique monétaire, doivent au minimum maîtriser les outils par lesquels ces réalités se mesurent. La seule comparaison qui vaille, rappelait l'auteur du texte qui inspire cette chronique, est celle entre ce que le pays était hier et ce qu'il est aujourd'hui. Sur ce point, ni baguette ni dollar ne dispense de répondre.


Sophie K.


 
 
 
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