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L’affaire Bouhafs relancée : MENA Rights Group interpelle l’ONU sur un enlèvement resté impuni

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

Le 30 mars 2026, MENA Rights Group a saisi le Comité des droits de l’homme des Nations unies pour dénoncer l’absence totale d’enquête sur l’enlèvement et le transfert forcé de Slimane Bouhafs, militant algérien chrétien et réfugié reconnu par le HCR, enlevé en Tunisie en 2021 puis ramené de force en Algérie.


Cette démarche marque une nouvelle étape dans une affaire qui, depuis près de dix ans, illustre les dérives des autorités algériennes à l’encontre des voix dissidentes et les manquements des autorités tunisiennes à leurs obligations internationales en matière de protection des réfugiés.


Slimane Bouhafs, connu pour ses prises de position pacifiques sur les réseaux sociaux dénonçant les discriminations visant les minorités chrétiennes, avait déjà été condamné en 2016 à trois ans de prison pour « outrage au prophète de l’islam ». Durant cette première incarcération, il avait été détenu dans des conditions précaires, privé de soins et menacé par ses codétenus. Libéré en 2018 à la suite d’une grâce présidentielle, il avait quitté l’Algérie quelques mois plus tard, craignant de nouvelles persécutions.


Installé en Tunisie depuis septembre 2018, il avait obtenu en 2019 le statut de réfugié auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Mais malgré cette protection internationale, Bouhafs avait continué d’être la cible de menaces et d’intimidations. En juillet 2021, il avait entamé une procédure de réinstallation dans un pays tiers, inquiet de rester trop proche de l’Algérie.


Le 25 août 2021, quatre hommes armés avaient fait irruption dans son appartement à Tunis. Menotté, cagoulé, drogué, il avait été transporté de force en Algérie, où il avait été placé dès le lendemain dans une caserne militaire. Le 1er septembre, il avait été présenté devant le tribunal de Sidi Mhamed à Alger et inculpé de dix chefs d’accusation, dont participation à une organisation terroriste, apologie d’actes terroristes, atteinte à l’unité nationale et diffusion de fausses informations. Les autorités algériennes avaient nié tout enlèvement, affirmant qu’il avait été arrêté à Tébessa.


Malgré les appels répétés d’ONG tunisiennes et internationales, aucune enquête n’a jamais été ouverte en Tunisie sur les circonstances de son enlèvement. En décembre 2022, Bouhafs avait été condamné à trois ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », « discrimination et discours de haine » et « diffusion de fausses informations », des accusations reposant exclusivement sur ses publications en ligne critiquant les autorités algériennes. La cour d’appel avait confirmé la peine en juillet 2023.


Libéré le 1er septembre 2024 après avoir purgé sa peine, Bouhafs restait sous surveillance et exposé à une nouvelle arrestation. En février 2026, alors qu’il tentait de quitter l’Algérie avec l’aide d’une organisation de défense des droits humains, il avait été retenu à l’aéroport par la police aux frontières, qui l’avait interrogé longuement. Le 6 mars, il avait été informé qu’il faisait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire national, sans notification officielle, en violation de la législation algérienne.


Face à cette accumulation de violations, MENA Rights Group a décidé de saisir le Comité des droits de l’homme de l’ONU. L’organisation dénonce l’inaction persistante des autorités tunisiennes, pourtant tenues d’enquêter sur l’enlèvement d’un réfugié protégé par le droit international, ainsi que les violations commises par l’Algérie, tant lors du transfert forcé que durant la détention de Bouhafs.


Pour les défenseurs des droits humains, l’affaire Bouhafs est devenue emblématique des risques encourus par les militants algériens, mais aussi des failles du système de protection des réfugiés en Tunisie. À ce jour, aucune autorité n’a été tenue responsable de son enlèvement, et Bouhafs demeure empêché de quitter l’Algérie malgré son statut de réfugié reconnu.


La rédaction

 
 
 

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