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L’Algérie brandit le spectre du complot émirati pour masquer l’impasse de l’affaire Aïssiou

  • il y a 1 minute
  • 2 min de lecture

L’Algérie a ressorti son vieux manuel de défense narrative dans l’affaire Ayoub Aïssiou. À mesure que la procédure d’extradition patine en Espagne, les médias alignés sur le pouvoir ont activé la mécanique bien rodée du complot étranger, désignant cette fois les Émirats Arabes Unis comme la main invisible qui aurait influencé Madrid. Une accusation sans fondement factuel, mais parfaitement utile dans le paysage politique algérien actuel.


Depuis hier, les journaux et chaînes proches du régime présentent le refus espagnol comme le résultat d’une ingérence hostile. Ils évoquent des « pressions » émiraties, un « réseau international » protégeant Aïssiou, et un « sabotage diplomatique » orchestré depuis Abou Dhabi. Pourtant, aucune source indépendante, ni espagnole ni internationale, ne mentionne la moindre intervention des Émirats dans ce dossier. L’Audiencia Nacional suit la procédure habituelle : examen des charges, vérification des garanties judiciaires, analyse du caractère non politique de la demande. Rien qui sorte du cadre strict du traité d’extradition signé entre Alger et Madrid.


Cette divergence entre faits et narration n’est pas nouvelle. Dans les affaires sensibles, le pouvoir algérien mobilise régulièrement la rhétorique du complot pour détourner l’attention des failles internes. En accusant un acteur étranger, il évite d’avoir à reconnaître que la justice espagnole pourrait douter de l’indépendance des tribunaux algériens ou des conditions de détention. Le récit du complot permet aussi de resserrer les rangs, de présenter l’État comme une forteresse assiégée et de transformer un revers judiciaire en preuve de la « guerre » menée contre l’Algérie.


Dans le cas Aïssiou, les Émirats servent de cible commode. Les relations entre Alger et Abou Dhabi ont été marquées ces dernières années par des tensions diplomatiques, notamment autour de la Libye et du rapprochement émirati avec le Maroc. Ajouter les EAU au tableau des « ennemis » permet de donner une cohérence géopolitique à une affaire qui, en réalité, reste strictement judiciaire.


La stratégie est transparente : si l’extradition échoue, ce ne sera pas la conséquence de lacunes du système algérien, mais d’un complot extérieur. Une manière de transformer une procédure banale en bataille géopolitique imaginaire, et de maintenir intacte la narration officielle d’un État constamment visé par des puissances hostiles.


Pour l’heure, les faits demeurent têtus : aucune preuve ne relie les Émirats à la décision espagnole. La seule chose qui s’impose, c’est la volonté du pouvoir algérien de réécrire l’affaire Aïssiou en y injectant une dose de fiction politique. Comme souvent, la théorie du complot sert de paravent à une réalité moins flatteuse.


Yacine M



 
 
 

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