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L’Algérie s’apprête à criminaliser l’apologie du colonialisme

  • cfda47
  • 16 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Neuf mois après avoir élaboré une première mouture, les députés algériens vont débattre le mercredi 24 décembre de la copie finale du projet de loi criminalisant le colonialisme.


Tout a commencé en mars 2025. A l'époque, le président de l’APN, Ibrahim Boughali, avait installé lui-même la commission visant à écrire le projet de loi. « Nous ne pouvons pas permettre que la vérité soit ignorée : la criminalisation du colonialisme n’est pas une option, mais un devoir national et moral envers nos martyrs et notre histoire », a estimé Brahim Boughali à cette occasion. L’Assemblée populaire nationale a rappelé une série de crimes coloniaux reconnus tardivement par la France officielle, dont notamment la mort, sous la torture, de l’avocat Ali Boumendjel. Le président français Emmanuel Macron avait reconnu, rappelons-le, le 2 mars 2021, que la mort de l’avocat est la conséquence de la torture subie. Il ne s’était pas suicidé comme l’avait soutenu le récit colonial.


 Outre ce crime colonial dans son intégralité, la chambre basse du Parlement algérien cite les « enfumades de Dahra (1845) où des centaines d’Algériens ont été brûlés vifs dans des grottes », « les crimes de Laghouat (1852) avec l’utilisation d'armes biologiques », « les « massacres du 8 mai 1945, qui ont fait plus de 45 000 martyrs », « les essais nucléaires dans le sud » et « la pose de millions de mines antipersonnel tout au long des frontières avec le Maroc à l’ouest et à la Tunisie à l’est ».


 Rappelant la récente résolution adoptée par l’Union africaine qualifiant « le colonialisme et l’esclavage de crimes contre l’humanité », le Parlement algérien a estimé que la criminalisation du colonialisme français est une nécessité. « Progresser vers la criminalisation du colonialisme est une responsabilité collective qui vise à protéger les droits des peuples et à garantir que de tels crimes ne se répètent pas à l’avenir », a indiqué Brahim Boughali.


La loi recense 27 formes de crimes coloniaux français, parmi lesquels « le meurtre et la direction d'attaques militaires contre la population civile ; l'usage excessif de la force armée ; l'emploi d'armes non conventionnelles et internationalement prohibées ; la pose de mines et les essais et explosions nucléaires ; les exécutions extrajudiciaires ; le pillage du trésor public algérien ; l'application d'un régime d'exception aux Algériens ; la pratique généralisée de la torture physique et psychologique brutale ; l'atteinte délibérée à l'intégrité physique ou mentale ; la discrimination raciale et les traitements inhumains ; la privation délibérée des droits fondamentaux ; la déportation illégale de la population civile ; la confiscation de biens ; et l'exil ».


Ces crimes comprennent également « les tribunaux spéciaux, les disparitions forcées et les détentions arbitraires, le regroupement des populations dans des camps et leur utilisation comme boucliers humains », ainsi que « le déni d’éducation, le viol ou l’esclavage sexuel, la profanation et la destruction des lieux de culte, les crimes de conversion forcée et les tentatives d’effacement de l’identité nationale, l’imposition systématique d’étiquettes dénigrantes aux Algériens et la conscription forcée dans les forces armées françaises », y compris pendant les Première et Seconde Guerres mondiales.


Avant son débat et adoption, le texte de projet de loi est déjà en discussion par la commission des lois de l’APN, indiquent des sources parlementaires. Dans le contexte de la crise diplomatique en cours entre les deux pays, l’adoption d’un tel texte suscitera davantage de crispation entre Alger et Paris.


Essaïd Wakli

 
 
 

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