Sous la pression américaine, Alger recompose sa politique étrangère
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Face à l’hégémonisme américain et le style brutal du président Donald Trump, l’Algérie change de posture diplomatique. Pour s’épargner la foudre du Président américain, Alger a renoncé à ce qui a toujours été présenté comme des « principes intangibles » de sa politique étrangère pour adopter une position plus pragmatique ou plus arrimée avec les positions de Washington. Sur la guerre en Iran, le changement de pouvoir en Syrie ou encore dans le massacre des populations de Gaza, le logiciel algérien a changé.
Alors qu'Israël et les Etats-Unis ont entamé, le 27 février, des attaques simultanées contre l’Iran des Mollahs, les regards se sont tournés vers les alliés de Téhéran dont les réactions ont été mitigées. Parmi les rares pays qui entretenaient des relations privilégiées avec l’ancienne Perse, l’Algérie figurait en bonne place. Sa réaction a donc été scrutée. Mais deux jours après le début de la guerre, c’est une attitude surprenante qui a émané du ministère des Affaires Etrangères : Alger s’est dit solidaire avec les pays du Golfe arabique touchés par des tirs iraniens en riposte à l’agression américano-israélienne. Le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a même appelé au téléphone les dirigeants d’Arabie Saoudite, du Qatar, du Bahreïn, du Koweït et Oman pour leur signifier son soutien (les Emirats Arabes Unis, premier pays arabe touché par les frappes iraniennes a été épargné à cause de la dégradation des relations entre Alger et Abou-Dhabi). Mais pas un mot sur les attaques contre les civils en Iran, ni encore moins sur l’assassinat de l’Ayatollah Ali Khamenei.
Changement de doctrine ou peur de Trump ?
Beaucoup d’observateurs ont tenté d’expliquer cette attitude algérienne comme une réaction au passé sulfureux du régime iranien qui avait soutenu dans les années 1990 les groupes terroristes islamistes en Algérie. Que nenni ! Cette histoire est dépassée depuis longtemps et les dirigeants des deux pays ont échangé plusieurs visites au plus haut niveau, à l’époque de Abdelaziz Bouteflika comme depuis l’arrivée de Abdelmadjid Tebboune au pouvoir.
Il s’agit là plutôt d’un changement d’orientation diplomatique de la part de l’Algérie qui a mis de coté petit à petit ces principes autrefois intangibles pour laisser place à une politique pragmatique qui consiste notamment à éviter de contrarier les Etats-Unis. Et cela s’est fait sentir depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Au début, le changement a commencé par des déclarations de l’ambassadeur d’Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, qui assurait en novembre 2025 que la coopération de son pays avec les Etats-Unis était « sans plafond » et pouvait concerner également les questions de défense, un tabou jusque-là.
Puis, les premiers signes de ce revirement diplomatique algérien sont apparus lors du vote de la résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies concernant l’avenir de la bande de Gaza. Contrairement à ses positions antérieures, l’Algérie a voté, cette fois-ci, en faveur d’un texte présenté par les Américains et qui évoquait notamment la présence de forces étrangères dans le territoire palestinien en plus de la nécessité de désarmer les factions palestiniennes, plus particulièrement le hamas. La position a été tellement inconfortable qu’Alger a exprimé son agacement dès que les premières critiques ont fusé. Puis, l’Algérie s’est démarquée publiquement de l’ancien dictateur syrien, Bachar Al-Assad à qui Alger a reproché publiquement «la répression » de son peuple, alors qu’elle l’encensait quelques jours seulement avant sa chute en décembre 2024.
Cela s’ajoute à une position de plus en plus ambigüe sur la question du Sahara occidental, qui a toujours fait partie des causes défendues par l’Algérie. Cela a fait réagir des observateurs, des figures de l’opposition qui s’interrogent où vont les concessions accordées aux Américains par peur de chantages. Mais dans un climat de répression tous azimuts, les critiques se font discrètes. Et comme à leurs habitudes, les autorités algériennes n’expliquent presque jamais leurs positions, en interne comme dans leurs relations avec d’autres puissances.
Essaïd Wakli