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L’ONU interpelle Alger après le bâillon imposé aux avocats

  • il y a 4 minutes
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L’Organisation des Nations unies a adressé, le 16 décembre 2025, une note officielle aux autorités algériennes pour exprimer sa profonde inquiétude face à l’interdiction imposée aux avocats du barreau d’Alger de s’exprimer dans les médias sans autorisation préalable. Cette mesure, annoncée par le bâtonnier Mohamed Baghdadi à travers une note datée du 28 septembre 2025, suscite depuis une vague de critiques nationales et internationales, dénonçant une atteinte grave à la liberté d’expression et à l’indépendance de la profession d’avocat.


Dans son courrier, l’ONU rappelle que les avocats jouent un rôle essentiel dans la protection de l’État de droit et doivent pouvoir s’exprimer librement sur les questions de justice, de droits humains et de fonctionnement des institutions. Les experts onusiens soulignent que la décision du barreau d’Alger contrevient aux engagements internationaux de l’Algérie, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’aux Principes de base relatifs au rôle du barreau adoptés à La Havane en 1990. Ces textes garantissent aux avocats le droit de participer au débat public sans être soumis à des restrictions arbitraires.


La note du bâtonnier impose pourtant un contrôle strict sur toute prise de parole publique. Elle exige des avocats qu’ils sollicitent une autorisation écrite avant toute apparition médiatique, qu’il s’agisse de commenter une affaire, de participer à un débat ou de publier un avis juridique sur les réseaux sociaux.


Le bâtonnier justifie cette décision par la nécessité de préserver la dignité de la profession, de protéger les secrets des justiciables et d’éviter toute dérive susceptible de nuire à l’image de la justice. Il menace également de sanctions disciplinaires les avocats qui enfreindraient ces règles, estimant que certains comportements observés dans les médias ne respectent pas les principes déontologiques de la profession.


Cette position a immédiatement suscité l’indignation d’une partie du corps des avocats ainsi que de plusieurs organisations de la société civile. Six associations de la diaspora algérienne ont publié une déclaration conjointe dénonçant une mesure « arbitraire », « injustifiée » et contraire à la Constitution algérienne, qui garantit la liberté d’expression et la protection des droits fondamentaux. Elles rappellent que la loi régissant la profession d’avocat ne prévoit nulle part l’obligation d’obtenir une autorisation préalable pour s’adresser aux médias et que réduire les avocats au silence revient à affaiblir l’un des piliers essentiels de l’État de droit.


Cette affaire intervient dans un contexte plus large de tensions entre les autorités algériennes et les défenseurs des droits humains. Plusieurs avocats engagés dans la défense de détenus d’opinion ont été poursuivis ces dernières années pour leurs prises de position publiques. L’ONG MENA Rights Group a notamment alerté l’ONU en avril 2025 sur la répression judiciaire visant l’avocat Mounir Gharbi, poursuivi pour des publications sur les réseaux sociaux et pour une plaidoirie jugée critique envers les institutions. L’organisation y voit une tendance inquiétante à criminaliser les voix dissidentes, y compris parmi les professionnels du droit.


Face à la lettre du 16 décembre 2025, les autorités algériennes n’ont pour l’heure fourni aucune réponse officielle. Aucun communiqué n’a été publié par le ministère de la Justice ou des Affaires étrangères, et la note du bâtonnier demeure en vigueur. Ce silence institutionnel s’inscrit dans une stratégie déjà observée lors de précédentes critiques internationales, consistant à éviter de légitimer les observations onusiennes tout en maintenant les restrictions internes.


Pour de nombreux observateurs, l’absence de réaction des autorités confirme une volonté de renforcer le contrôle sur les professions juridiques et de limiter l’espace d’expression publique, dans un climat politique marqué par la méfiance envers les voix critiques. L’ONU, de son côté, insiste sur la nécessité de garantir aux avocats un environnement libre de toute intimidation ou ingérence, condition indispensable au fonctionnement d’une justice indépendante et au respect des droits fondamentaux.



Nadia B

 
 
 
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