La Badissia Novembaria : une idéologie tolérée, un problème identitaire occulté
- 15 déc. 2025
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La Badissia Novembaria, née dans le sillage du Hirak en 2019, s’est imposée comme une nébuleuse idéologique revendiquant l’héritage de Ben Badis et du 1er novembre 1954. En combinant références religieuses et nationalistes, ce courant entend imposer une lecture arabo-islamique exclusive de l’identité algérienne, marginalisant la dimension amazighe et pluraliste du pays.
Alors que le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) et le mouvement islamiste Rachad ont été officiellement inscrits sur la liste nationale des organisations terroristes, la Badissia Novembaria n’a jamais été concernée par une telle mesure. Le MAK et Rachad, bien qu’ils aient été classés « organisations terroristes » par le Haut Conseil de Sécurité en 2021, ne sont pas connus pour avoir mené des actions armées en Algérie. Leur criminalisation repose davantage sur une qualification politique que sur des faits militaires.
Contrairement aux deux autres mouvements, la Badissia Novembaria n’a pas été associée à des activités militaires ou à des réseaux de financement du terrorisme. Pour la simple raison qu’elle ne remet pas en cause l’État ni son intégrité territoriale. Au contraire, elle épouse une partie du récit officiel (arabité, islamité, continuité révolutionnaire). C’est ce qui explique son traitement différencié.
Proche de certains cercles du pouvoir, notamment sous l’ère Gaïd Salah, elle a été utilisée pour affaiblir le Hirak et légitimer un récit identitaire monolithique. Présentée comme une mouvance sans structure formelle, elle agit à travers des figures médiatiques et des relais religieux, mais sans organisation hiérarchisée.
Le refus de la classer « organisation terroriste » révèle une sélectivité politique dans la définition des menaces. En tolérant ce courant, l’État cautionne une vision qui nie l’amazighité et réduit l’identité algérienne à l’arabo-islamisme.
La Badissia Novembaria simplifie l’histoire nationale en effaçant la pluralité culturelle et linguistique, et contribue à une radicalisation identitaire qui marginalise les voix pluralistes.
Si le pouvoir algérien a choisi de cibler les mouvements jugés séparatistes ou directement hostiles à l’État, il a en revanche toléré une idéologie qui, sans armes, fragilise le socle de la nation.
La Badissia Novembaria illustre ainsi une contradiction : l’Algérie combat certains extrémismes tout en en légitimant d’autres, au risque d’alimenter une fracture identitaire durable.
Yacine M



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