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La justice sous pression : entre appels à la peine de mort et innocents sacrifiés

il y a 1 jour
3 min de lecture

L’appel lancé il y a quelques jours par Abdallah Djaballah pour rétablir la peine de mort contre les auteurs d’incendies a ajouté une pression politique considérable sur des enquêtes déjà fragiles. En pleine série de feux de forêt, le dirigeant islamiste a exhorté les autorités à « punir sévèrement » les responsables présumés, estimant que seule l’exécution permettrait de « protéger le pays ». Dans un contexte où les dossiers d’incendies sont systématiquement traités sous qualification terroriste, cette prise de position radicale renforce une atmosphère où la justice est sommée d’aller vite, quitte à s’appuyer sur des éléments incertains.


Le danger de ce type d’appel est évident : il légitime une justice expéditive, où la présomption d’innocence s’efface derrière la volonté politique de montrer que l’État contrôle la situation. Il crée un climat où l’émotion publique supplante la rigueur judiciaire, et où la peine capitale — pourtant gelée depuis plus de trente ans — redevient un instrument de communication plutôt qu’un outil juridique.


L’affaire de la famille Zaït, arrêtée à Jijel après les incendies de fin août 2026, illustre parfaitement ce glissement. Cinq membres d’une même famille ont été écroués pour « incendie volontaire » et « actes subversifs », sous qualification terroriste. Pourtant, aucune preuve tangible n’a été présentée : pas de moyen d’allumage, pas d’expertise démontrant un départ de feu, pas d’aveux, pas de constat scientifique. Le dossier repose presque entièrement sur une courte vidéo TikTok où l’un des jeunes prononce la phrase « Hamra bi‑idhnillah ». Les proches affirment qu’ils tentaient au contraire de contenir les flammes qui menaçaient leurs vergers, et que la vidéo — sortie de son contexte et montée sur les réseaux sociaux — n’était qu’une plaisanterie pour se donner du courage.



Dans ce climat de suspicion généralisée, l’appel de Djaballah à rétablir la peine de mort devient un facteur aggravant. Il pousse à une justice de l’urgence, dans un dossier où les incohérences sont manifestes et où le risque d’erreur judiciaire est réel. Une exécution ne se corrige pas : elle scelle définitivement les conséquences d’une enquête imparfaite.


Le cas de Mehdi Abdelmoumene, arrêté cette année pour sa prétendue implication dans les incendies qui ont ravagé le pays cet été, rappelle à quel point les amalgames peuvent détruire des vies.


Contrairement à ce qui a été insinué, Mehdi souffre de troubles psychiatriques. Un avis de recherche authentifié, daté du 12 octobre 2025, prouve qu’il était sous traitement pour une maladie neurologique, ce qui le rend particulièrement vulnérable.


Le document, diffusé par sa famille, indique :

« Nous signalons la disparition du nommé ABDELMOUMENE Mehdi du village Hadouda, âgé de vingt‑huit ans (28) sous traitement psychiatrique, il n’a pas été revu depuis avant‑hier le 12/10/25 à 10h. Nous prions toute personne l’ayant vu ou croisé de contacter son frère Moumouh au 0563 76 36 07. »

Ce texte, ignoré dans le débat public, prouve que Mehdi était malade, suivi médicalement, et non un pyromane cherchant à échapper à la justice. Son arrestation récente, dans un contexte où les autorités cherchent des responsables à exhiber, montre comment un individu fragile peut être happé par une mécanique judiciaire qui privilégie la démonstration de force à la recherche de vérité.


L’Algérie se trouve aujourd’hui à un moment critique : entre la tentation de réponses radicales et la nécessité de préserver une justice fondée sur des preuves, non sur des impressions. L’affaire de Jijel, comme celle de Mehdi Abdelmoumene, rappelle que les incendies — souvent liés à des facteurs climatiques, agricoles ou accidentels — ne peuvent être traités comme des actes terroristes sans éléments solides. Dans un contexte où certains responsables politiques appellent à rétablir la peine de mort, la moindre incohérence devient un gouffre. Et la justice, si elle cède à la pression, risque de sacrifier des innocents au nom d’une fermeté mal dirigée.


Nadia B

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