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« Le capital de confiance s’érode » : Soufiane Djilali écrit à Tebboune

  • il y a 14 heures
  • 3 min de lecture

« Je vous écris aujourd’hui au sujet d’une évolution préoccupante de la vie publique dans notre pays, illustrée récemment par l’interruption d’une séance de dédicace et la censure d’un ouvrage universitaire.» La lettre ouverte que Soufiane Djilali a adressée cette semaine au président Abdelmadjid Tebboune commence par ces deux faits, survenus à vingt-quatre heures d’intervalle. L’homme qui signe ce texte avait, six ans plus tôt, misé sur ce même président.


En janvier 2020, Djilali sortait d’une rencontre d’une heure cinquante au palais d’El Mouradia avec une confiance difficile à dissimuler. Le président Tebboune lui avait affirmé qu’il « suivait de près » la question des détenus d’opinion et que leur libération serait « rapide ». Sur les médias bloqués, une solution interviendrait « dans un proche avenir ». Quelques semaines plus tard, Djilali estimait que les trois premiers mois de Tebboune « révélaient des signes encourageants ». En décembre de la même année, « l’apparition de Tebboune est un soulagement pour le pays », déclarait-il. Ce positionnement lui avait coûté cher. Dans les rangs du Hirak, répondre à la main tendue d’un président « très mal élu » était perçu comme une trahison, et Djilali avait essuyé des milliers de commentaires hostiles. Il avait tenu.


Dans sa lettre, il rappelle cet échange initial et ce que Tebboune y avait exprimé : son attachement à « la liberté d’expression, à la pluralité des idées et à une citoyenneté active ». Puis il écrit : « C’est à la lumière de cette perspective initiale que les évolutions actuelles interrogent et méritent, selon moi, une attention particulière .» La formule est retenue. Elle dit l’écart sans le nommer.


« Depuis plusieurs années, sous des motifs relevant de la stabilité, de la régulation ou de la protection de l’ordre public, on observe un rétrécissement progressif de l’espace d’expression et d’initiative dans notre pays.» En juin 2025, Djilali avait déjà estimé que l’Algérie était « à la fin d’un cycle » et appelé à une « deuxième République », dénonçant la centralisation du pouvoir et ce qu’il qualifiait de « tentation autoritaire persistante ». La lettre reprend le même diagnostic, dans un registre plus personnel. « Des acteurs de la vie politique et intellectuelle se trouvent marginalisés », écrit-il, sans désigner personne nommément.


« Au-delà des dispositifs administratifs ou des orientations économiques, ce qui se joue aujourd’hui est plus profond : il s’agit de la qualité du lien entre l’État et la société .» En janvier 2026, Jil Jadid, désormais dirigé par Lakhdar Amokrane après le départ de Djilali en septembre 2025, avait été exclu des consultations sur la révision constitutionnelle au Palais des Nations. La lettre ne mentionne pas cet épisode. Elle lui préfère une formulation qui dépasse le sort d’un parti : « Une société ne se maintient pas uniquement par la norme ou par l’autorité ; elle repose sur un capital de confiance qui, lorsqu’il s’érode, fragilise progressivement l’ensemble de l’édifice institutionnel et social.»


En octobre 2017, sous Bouteflika, son ouvrage « La société algérienne : choc de la modernité, crise des valeurs et des croyances » avait déjà été interdit d’exposition au Salon international du livre d’Alger. Il avait alors tweeté laconiquement : « Mon dernier livre n’a pas été autorisé à être exposé au Sila. Merci Monsieur le commissaire ! » La lettre de cette semaine se termine autrement, sans ironie. « C’est dans cet esprit que je m’adresse à vous, en tant que citoyen attaché à l’avenir de son pays et convaincu que la confiance reste le fondement le plus solide de toute construction nationale.»



Sophie K.

 
 
 

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