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« Pratiques délinquantes des agents de l’État » : Koukou dénonce la saisie du livre de Fatma Oussedik

  • il y a 2 heures
  • 3 min de lecture

Dans Fahrenheit 451, Ray Bradbury imaginait un État si craignant les idées qu’il avait transformé ses pompiers en autodafeurs professionnels. Le roman, publié en 1953, semblait relever de la pure fiction. À Alger, samedi 18 avril 2026, des fonctionnaires des impôts, de la Direction du commerce et du ministère de la Culture ont fait le déplacement rue Didouche Mourad pour obtenir l’annulation d’une dédicace. Le livre visé n’était pas un pamphlet. C’était une étude de sociologie sur la vallée du M’zab.


La sociologue Fatma Oussedik n’a pas pu présenter son dernier ouvrage samedi 18 avril à Alger. Des agents de plusieurs services de l’État ont contraint la librairie des Beaux-Arts à annuler la dédicace, avant de saisir le livre et d’ordonner la fermeture de l’établissement pour un mois, sans produire la moindre décision de justice.


La saisie du samedi n’était pas un acte isolé. Dès le jeudi 16 avril, désigné cette année « Journée de la science », la librairie avait été le théâtre de ce que les éditions Koukou décrivent dans leur communiqué du 19 avril comme « un défilé insolite » : policiers en civil, agents des impôts, fonctionnaires de la Direction du commerce et représentants du ministère de la Culture s’y étaient succédé pour délivrer un message invariable, annuler la présentation-dédicace programmée avec Mme Oussedik ou s’exposer à la fermeture. Samedi matin, avant l’intervention policière de l’après-midi, les mêmes fonctionnaires étaient revenus « à la charge pour faire pression sur les gérants ».


Pour préserver ce qu’Arezki Aït-Larbi, directeur des éditions Koukou, qualifie d’« espace résiduel de culture qui a résisté à la vague du fast-food et du prêt-à-porter », la maison d’édition dit avoir soutenu la décision du libraire de reporter la rencontre, « en attendant de voir plus clair dans cette mobilisation générale contre la présentation d’un livre ».


La Constitution algérienne est pourtant sans ambiguïté sur ce point. Son article 54 dispose que « l’activité des publications (…) ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice ». La coordination simultanée de la police, du fisc, de la Direction du commerce et du ministère de la Culture pour contraindre l’annulation d’une dédicace n’a, à ce stade, reçu aucune justification légale des autorités concernées.


Fatma Oussedik n’est pas une auteure confidentielle. Régulièrement invitée dans des séminaires et colloques internationaux, elle a consacré plusieurs années à l’histoire et à la sociologie de la vallée du M’zab. Son travail, selon les éditions Koukou, « a toujours été salué par ses pairs comme un exemple de rigueur scientifique ». C’est ce travail que les autorités ont choisi de saisir un jeudi de la science.


Arezki Aït-Larbi dit refuser de «se laisser entraîner dans des spéculations qui risquent d’alimenter les fantasmes des manipulateurs de l’ombre», tout en s’interrogeant sur « les objectifs des commanditaires d’une opération aussi incompréhensible qu’illégale ». Les éditions Koukou, qui affirment subir des pressions « depuis des années », concluent en appelant les intellectuels algériens à assumer « en première ligne » leur responsabilité face à ce qu’elles nomment des «pratiques délinquantes» d’agents de l’État.


Riposte Internationale exige la réouverture immédiate de la librairie des Beaux-Arts


L’organisation Riposte Internationale a réagi dès le 19 avril, condamnant « sans appel l’acte de censure commis samedi dernier à Alger ». Dans un communiqué publié depuis Paris, elle dénonce une « triple violence » dirigée contre l’autrice, son éditeur et le public, estimant qu’«interdire un livre, c’est décréter que le peuple est mineur, incapable de réfléchir par lui-même, inapte au discernement».


L’organisation rappelle que la décision « ne repose sur aucun fondement juridique » et constitue selon elle une violation de plusieurs articles de la Constitution algérienne, dont les articles 51, 52, 53, 54, 55, 74, 75 et 76. Elle exige la réouverture immédiate et sans condition de la librairie des Beaux-Arts, l’arrêt des pressions contre l’autrice, son éditeur et les libraires, et enjoint au gouvernement algérien de « donner des directives claires à l’ensemble des autorités locales afin de faire cesser toute restriction aux libertés individuelles et collectives ».


Sur le fond, Riposte Internationale affirme que « la recherche sur l’histoire du Mzab, comme sur toute composante de l’identité algérienne, doit circuler librement ». Aucune réaction officielle algérienne n’avait été enregistrée dimanche 19 avril au soir.


Amine B


 
 
 

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