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Le Portugal durcit les conditions de naturalisation des juifs séfarades à travers une loi votée le 4 janvier

Les séfarades sont ces juifs présents depuis l’époque romaine sur le territoire ibérique, et contraints de quitter l’Espagne et le Portugal par des édits d’expulsion. D'abord en 1492 par les rois d’Espagne, puis par l’édit de 1496 du roi portugais Manuel Ier, qui pourtant avait accueilli de nombreux fugitifs d’Espagne sur son territoire.


Entre 2022 et 2023 le nombre de demande aurait encore été multiplié par deux ou trois selon certaines sources. En décembre 2022, ce sont finalement plus de 56 000 juifs d'origine séfarade qui ont été naturalisés, avec une inflation notable des demandes d'année en année.


Au Portugal, les descendants des juifs portugais expulsés il y a plus de 500 ans du territoire peuvent obtenir la nationalité. Mais des scandales ont conduit à un durcissement des conditions. Une loi en ce sens a été votée vendredi 4 janvier.


Des raisons diplomatiques, d’alliance et de mariages royaux avaient alors dicté au roi lusitanien sa conduite. Beaucoup de juifs avaient alors pris le chemin de l’exil, certains étaient restés et s'étaient convertis au christianisme quand d’autres encore avaient choisi de vivre clandestinement leur croyance et leur culture.


Lorsqu'en 2013 le Portugal adopte sa loi de concession de la naturalisation aux descendants séfarades, l’esprit qui domine est celui du pardon demandé, de la réparation du préjudice découlant de ces expulsions ordonnées il y a 532 ans.


L'ancien président de la République Mario Soares, dans un fameux discours prononcé en 1989, fut le premier à demander « pardon aux juifs pour les persécutions dont ils ont été victimes sur notre territoire ». Cette prise de parole fut un tournant historique.


Socialiste, farouche opposant au régime dictatorial de Salazar, Mario Soares avait connu la prison et l’exil, notamment en France.


Mais il faudra donc attendre 24 ans pour qu'une loi voie le jour, et deux années supplémentaires avant qu’elle soit mise en application. Le texte rédigé par Ribeiro e Castro, député du parti chrétien-démocrate CDS, et par Maria de Belém, députée du Parti socialiste, est consensuel, du moins dans son principe.


Cette loi de concession de la naturalisation accordait aux Communautés israélites de Porto et de Lisbonne la primeur de l'étude des dossiers de demandes de nationalité.


Ces dossiers, une fois acceptés, transitaient vers le registre notarial. C'est ainsi que la Communauté israélite de Porto (CIP) - qui au fil du temps recevait l'essentiel de ces demandes - s'est retrouvé au cœur du scandale. 


Le 11 mars 2022, une enquête a été lancée par le ministère public sur la base de dénonciations qui a ordonné des perquisitions à la synagogue de Porto et au musée juif attenant, ainsi que la confiscation du passeport du rabbin Litvak.


Ce dernier,  désormais suspecté de « falsification de documents, trafic d’influence, corruption active, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs » dans ce qui est devenu « l’affaire sur les illégalités présumées dans l’octroi de la nationalité dans le cadre du régime des descendants de juifs séfarades » se trouvait dès lors empêché de quitter le pays.


Deux jours après ces raids à la recherche des « valises de billets », le conseil d’administration de la Communauté juive de Porto [Communidade Israelita do Porto ou CIP], tout en rejetant les accusations, annonçait qu’elle « n’avait plus aucun intérêt à collaborer avec l’État pour la certification des juifs séfarades ».


Dans son communiqué, la Communauté juive de Porto annonçait en outre déposer une plainte au pénal auprès du procureur général de la République pour « accusation calomnieuse et corruption journalistique ».


Le président de la CIP qui vit en Israël et son avocat qui le représente au Portugal – ce dernier n’est autre que le neveu de la députée Maria de Belém, co-auteure de la loi – ont été accusés d’enrichissements illicites, indique RFI.


Le dossier de naturalisation coûte 250 euros versés à la CIP (et 250 supplémentaires au registre notarial). C’est en soi une bonne affaire compte tenu des milliers de dossiers déposés. Mais les soupçons pesaient sur l’attribution de dons généreux en contrepartie d’avancée de la demande. Soupçons nourris par la prospérité soudaine de la communauté de Porto, jusque-là bien modeste.


Selon la même source, « Ce sera surtout l’affaire Abramovitch qui va scandaliser l’opinion. Le richissime homme d’affaires russe, autrefois proche de Poutine et ancien président du Chelsea Football Club, a obtenu la nationalité portugaise en 2021. Mais les circonstances sont plus que douteuses : la loi prévoit qu’il faut prouver une ascendance portugaise, or les ancêtres trouvés par Abramovitch semblent n’avoir jamais existé. Ces soupçons de corruption font toujours l'objet d'une enquête au Portugal.»


Toujours est-il que ces scandales et l’augmentation exponentielle des demandes de naturalisation (50 000 à 70 000 par an) ont poussé le gouvernement, qui considère que le « pardon » a largement été accordé, à envisager la fin de la loi - il avait déjà durci les conditions d'obtention par décret.


Mais beaucoup ont fait valoir l’intérêt économique, notamment touristique, de juifs vivant désormais au Maroc, en Turquie, en Hollande, au Brésil et aux États-Unis, et qui viennent visiter et investir au Portugal. Le pouvoir a donc opté pour une nouvelle loi, nettement plus restrictive.


Les communautés juives seront dorénavant simples membres d’une commission de spécialistes placée sous la tutelle du ministère de la Justice. Par ailleurs, toute personne faisant l'objet de sanctions par l’ONU ou l’Union européenne sera écartée du processus. 


Il faudra attendre les décrets d’application pour connaître tous les méandres de ce nouveau texte. Cela prendra sans doute du temps : une nouvelle Assemblée nationale verra le jour en mars prochain.



La rédaction

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