Législatives du 2 juillet : Vingt jours de campagne pour ne rien dire
- il y a 12 heures
- 5 min de lecture

Des panneaux vides. Une chaleur de plomb. Des discours qui sentent le réchauffé. Les Algériens, eux, avaient choisi leur priorité depuis longtemps. Et ce n'était pas les législatives.
Pendant que les chefs de partis sillonnaient les wilayas, les cafés étaient pleins. Les écrans aussi. Petkovic, la composition du onze, l'arbitrage contre l'Argentine : voilà ce qui occupait les esprits en juin 2026. La politique ? Elle pouvait attendre. Elle attend depuis longtemps, d'ailleurs. Un peuple qui préfère le Mondial à ses élections n'a pas tort de faire ce choix quand les élections ne changent rien.
Dix-neuf jours de campagne. Des meetings dans chaque wilaya, des radios locales mobilisées pour la première fois de leur histoire électorale. La facture en promesses non tenues s'annonce salée. Les caisses d'idées, elles, l'étaient déjà.
Les Algériens ont des raisons d'être en colère. Pouvoir d'achat, hôpital, logement, école, emploi des jeunes. Dans tous ces secteurs, le déclin s'installe. Les ratés sont multiples, documentés, quotidiens. Et quand vient le temps des élections, la classe politique sort les mêmes formules, les mêmes slogans, le même vocabulaire usé. On ne combat pas une crise sociale avec des pôles industriels « organisés selon une logique sectorielle et territoriale ». Redoutez-vous une campagne aussi creuse que la précédente ? Vous avez raison de vous méfier.
Bouden au marché, sans acheter
Monder Bouden a fait campagne à Tizi-Ouzou. Dans les marchés de la wilaya, à la même période, la tomate se vendait 300 dinars le kilo. Un panier d'un légume par kilo dépassait 2 000 dinars. Un client de Draâ Ben Khedda s'interrogeait à voix haute : pourquoi la carotte avait doublé en un an pour atteindre 180 dinars ? Bouden avait une autre lecture des chiffres. Lors d'un meeting, il a assuré que « 3 000 dinars valent mieux que 50 euros ». Trois mille dinars, c'est moins de vingt euros au cours officiel de juin 2026. Quand des membres de la diaspora ont répondu en vidéo, panier à la main dans une grande surface française, il a rectifié : il parlait de fierté envers la monnaie nationale, pas de parité. La fierté ne remplit pas un couffin. Et le kilo de carottes ne baisse pas.
Son programme portait sur la gouvernance, l'économie numérique et le soutien aux réformes du président Tebboune. Un parti qui soutient l'exécutif et brigue des sièges au Parlement censé le contrôler : les logiciens apprécieront. Le RND promettait également la création d'une Agence nationale de sécurité alimentaire à caractère consultatif. Pas décisionnel. Consultatif. Pour un pays qui importe l'essentiel de son blé et de son huile. Certes, mais la facture de cette dépendance ne sera pas réglée par un organisme sans pouvoir.
Bengrina et l'arithmétique suisse
Bengrina avait ouvert le bal quelques jours plus tôt. Il a soutenu devant la diaspora que « celui qui touche trois ou quatre millions en Algérie est mieux que celui qui touche 5 000 francs suisses ». Trois à quatre millions de centimes, c'est entre 200 et 260 euros. Face à 5 300 euros. La démonstration portait sur les dépenses comparées de loyer, d'assurance, d'énergie et d'alimentation, et concluait à l'avantage du résident algérien. Elle oubliait que le salaire minimum plafonne à 24 000 dinars brut, que la viande de bovidé se négocie à 1 700 dinars le kilo, que la liste d'attente pour un logement social s'étire sur une décennie. Sombre tableau pour une démonstration censée rassurer. Le programme d'El Bina promettait par ailleurs des pôles industriels compétitifs spécialisés sans un chiffre d'investissement, sans filière désignée, sans calendrier. Slogan : « Ensemble mobilisés, l'Algérie triomphe. » Quatre mots. C'est tout.
Le FLN et le parlement fort
Benmbarek a proclamé à Ksar El Boukhari que ce scrutin est « une occasion pour élire un parlement fort ». « Parlement fort » : le syntagme le plus répété de la campagne, décliné mot pour mot par le FLN, le RND, le FFS, le MSP, Ennahda, Sawt Echaab et le Front El Moustakbal. Ce dernier avait des députés dans la chambre sortante. Il y a approuvé tous les textes gouvernementaux sans déposer une seule proposition de loi qui ait laissé trace. Personne, dans cette campagne, n'a jugé utile de le rappeler. On attendait des législateurs. On a eu des validateurs. La chambre décrite comme inféodée à l'exécutif était issue d'élections où ces mêmes partis promettaient déjà, avec les mêmes mots, un parlement fort. Cinq ans plus tard, rien n'est prêt, ou presque.
Le FFS : programme sérieux mais inaudible
Aouchiche est le seul à avoir présenté un programme structuré : justice sociale, transition écologique, diversification économique, libertés publiques, réforme des institutions. À Constantine, il a dénoncé avec précision la vacuité de l'APN sortante. Le diagnostic était juste. Mais à Birkhadem, ce même programme est devenu « révolutionnaire », porteur d'une « renaissance nationale dans tous les domaines ». Un parti qui se dit « opposition constructive » et prône « la sagesse et la modération » ne tient pas les deux registres sans que cela se voie. Saura-t-on un jour quelle est la vraie nature du FFS ? Celui qui dénonce avec justesse, ou celui qui surenchérit pour exister ? Le FFS a par ailleurs vu ses listes invalidées dans plusieurs wilayas, dénonçant une « campagne d'exclusion politique systématique ». Le parti le mieux outillé programmatiquement, amputé de sa surface électorale avant le départ. Ce n'est pas un hasard de calendrier.
Le PT et ses 37 engagements
Hanoune reste la seule à tenir une salle sans prompteur. À Tizi-Ouzou, elle a réclamé l'abrogation du code de la famille, attaqué « l'obscurantisme rampant » sur les plages, défendu les acquis sociaux avec le ton d'une avocate qui connaît son dossier. Trente ans de cohérence, c'est quelque chose. Le PT affichait 37 engagements dans les domaines social, économique et politique. Ce chiffre a été martelé dans chaque meeting. La liste complète de ces 37 engagements n'a jamais circulé dans un document consultable. Un programme qu'on ne peut pas lire reste un discours.
Il faut rappeler que quatorze formations ont été exclues avant le premier meeting, sans que leurs noms soient rendus publics. Le MSP a signalé des invalidations fondées sur « des appréciations discrétionnaires ». Ces contentieux ont existé mais ont été peu suivis. La campagne a continué. Des partis qui ont géré cinq ans de chambre basse fantoche promettent à présent un Parlement souverain. Sans que personne leur pose la question. On ne combat pas une crise du logement avec des slogans sur la cohésion nationale. On ne répond pas à l'inflation avec une agence consultative. Et on ne redresse pas un Parlement dévoyé avec les mêmes partis qui l'ont dévoyé.
Le soir du 2 juillet à vingt heures, l'ANIE annoncera un taux de participation. Un chiffre que tout le monde contestera. Les Algériens, eux, auront déjà rendu leur verdict bien avant : dans les cafés, devant les écrans, loin des bureaux de vote.
Amine B.